JOHANNESBURG, 16 déc (AFP) - La sécheresse a fait des ravages en 2002 dans six pays d'Afrique australe où 14,4 millions de personnes risquent de mourir de faim en 2003 si la communauté internationale, jusqu'à présent trop passive, ne se mobilise pas désormais très rapidement.
Lors d'une récente tournée dans ces six pays - Lesotho, Malawi, Mozambique, Swaziland, Zambie et Zimbabwe - où les risques de famine sont aggravés par les taux de prévalence très élevés du sida, un haut responsable de l'Onu a lancé un cri d'alarme, dénoncant l'attitude du reste du monde.
"Il est inquiétant de voir la lenteur avec laquelle le monde répond à la crise humanitaire" dans cette région, a déclaré Stephen Lewis, envoyé spécial de l'Onu pour le VIH/sida en Afrique. "Nous savons qu'il y a beaucoup d'argent, mais quelque chose doit ne pas fonctionner quelque part", a-t-il reconnu.
Cela fait pourtant plusieurs mois que le Programme alimentaire mondial (Pam) de l'Onu met en garde, avance des chiffres précis, lance des appels à l'aide: il a évalué à 507 millions de dollars la somme nécessaire à la prévention de la famine, mais n'a à ce jour reçu que des promesses pour 286 millions de dollars.
Le Pam devait lancer dès lundi une campagne mondiale de sensibilisation sur la famine en Afrique australe, mais aussi en Ethiopie et en Erythrée où un nombre à peu près équivalent de personnes risquent également de mourir de faim.
Des six pays, le Zimbabwe est de loin le plus gravement affecté, puisque 6,8 millions de ses 11 millions d'habitants pourraient commencer à mourir au premier trimestre 2003, selon le Pam. Seulement 56% de l'aide alimentaire requise à ce jour été distribuée et dans plusieurs régions du sud du pays, de nombreux habitants n'ont déjà plus pour se nourrir que des fruits et des racines.
Les effets cumulés de la sécheresse et du sida au Zimbabwe, où 34% des adultes sont atteints par le virus, ont été aggravés par ceux d'une réforme agraire imposée par le président Robert Mugabe en février 2000, dont l'objectif était de redistribuer les terres de la minorité blanche à la majorité noire.
Cette réforme s'est accompagnée de violences sur les fermes des Blancs occupées par des partisans du pouvoir qui ont fortement perturbé la production: pour la seule année 2001 la production agricole à baissée 13% dans l'ensemble du pays, selon la Banque centrale du Zimbabwe.
Le pays a besoin d'ici mars 2003 de 600.000 tonnes d'aide alimentaire.
En Zambie, où 3 des 10 millions d'habitants sont menacés, c'est le refus du président Levy Mwanawasa d'accepter une aide alimentaire comprenant des Organismes génétiquement modifiés (OGM) qui a aggravé la situation, "alarmante", selon le PAM.
Des centaines de tonnes d'aide alimentaire composée d'OGM, déjà acheminées sur place, sont stockées dans des entrepôts sans être distribuées, provoquant la colère de villageois affamés qui, à au moins deux reprises, ont déjà pillé ces stocks pour se nourrir. Le gouvernement étudie actuellement les moyens d'importer des aliments non génétiquement modifiés de Tanzanie et d'Afrique du sud.
Les besoins sont évalués à 150.000 tonnes de céréales.
Au Malawi, 30% de la population, soit 3,3 millions de personnes, est menacée et le pays a besoin d'une aide alimentaire d'urgence de 240.000 tonnes de céréales.
Le Lesotho et le Sawaziland, où 30% des habitants sont également menacés, ont respectivement besoin de 36.000 et 20.000 tonnes d'aide d'urgence.
Le Mozambique est le moins affecté des six pays, 3% seulement de sa population, vivant essentiellement dans les provinces du sud, nécessitant une aide d'urgence.
Conséquence de la guerre civile de 27 ans qui s'est achevée le 4 avril dernier, l'Angola est également menacé par la famine: 1,9 million d'habitants ont besoin d'aide d'urgence, selon le Pam.
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