GAMULA (Swaziland), 16 déc (AFP) - Un troupeau de bétail isolé, côtes protubérantes dans des corps squelettiques, arpente de manière agitée les grands espaces desséchés et sablonneux de l'est du Swaziland, à la recherche d'une improbable parcelle de verdure.
"On dirait qu'ils mangent du sable. Ici il n'y a même pas de nourriture pour le bétail", remarque Pauline Njuguna, coordonnatrice du programme alimentaire mondial (Pam) pour ce minuscule royaume enserré entre l'Afrique du Sud et le Mozambique.
Le paysage de Mbabane, la capitale où Pauline Njuguna a ses bureaux, entourée de montagnes et vallées verdoyantes, est trompeur: à quelque 100 kilomètres à l'est de ce Shangri-la, le tapis de verdure s'étiole, jaunit, faisant place à un bush austère où les seules tâches colorées viennent du rouge écarlate de l' "emaganu", un arbre fruitier qui ne survit que dans les zones desséchées.
A cette saison de l'année, explique Pauline Njuguna, ces champs arides sont normalement couverts de cultures de maïs jusqu'à hauteur du genou.
"C'est désolant: les paysans ont labouré leurs terres mais ils ne peuvent rien y planter. Ce pays travaille très dur, mais les conditions météo l'ont trahi", ajoute-t-elle.
Selon les statistiques les plus récentes des Nations Unies, au moins 265.300 Swazis sur une population d'un million d'habitants sont menacés de famine au cours des prochains mois car il est impossible de cultiver quoi que ce soit.
"La population se trouvera vraiment dans la dificulté l'an prochain, et ce chiffre risque de doubler", ajoute la coordonatrice du Pam.
Le Pam a prévu de distribuer un total de 27.000 tonnes d'aide alimentaire entre août 2002 et mars 2003, soit suffisamment pour venir en aide au quart de la population du Swaziland. La situation sera ensuite ré-évaluée.
A Gamula, un village isolé dans l'une des zones desséchées, vit sur son fauteuil roulant un invalide de 46 ans, avec quatre enfants et sa vieille mère.
"J'ai peur parcequ'il ne pleut pas. C'est le pire que j'ai jamais vu. Normalement il pleut toujours encore en décembre et la sécheresse ne commence qu'en janvier, mais cette année il n'y a eu aucune pluie, aucune", explique Juda Matsenjwa. "Je ne peux pas donner à manger à mes enfants. Je suis angoissé".
Sa mère, Lomphahlo, assise sur une natte déchirée étalée dans la poussière, déguste ce qui est maintenant un luxe: une patée de maïs blanc dans un petit bol noir, juste assez pour une personne.
"C'est ma nièce qui me l'a apportée", explique-t-elle en souriant, engloutissant bouchée sur bouchée.
Le Pam distribue du maïs jaune, d'habitude réservé au bétail.
"Normalement les gens içi ont horreur du maïs jaune, mais ils ont tellement faim qu'ils en mangent", explique Pauline Njuguna.
Près de la hutte de Lomphalo, un champ est entouré de branches épineuses pour protéger les récoltes du bétail. Mais cette année il n'y a aucune récolte à protéger.
La famille de Juda Matsenjwa survit entièrement grâce à l'aide du Pam, avec le concours physique de la frêle Lomphalo qui n'est pas très sûre de son âge mais croit avoir à peu près 80 ans.
Les 4 enfants Matsenjwa sont parmi ceux qui ont de la chance: à quelques kilomètres de là vivent une jeune fille de 16 ans et son frère de 14 ans, dont les parents sont morts du sida. Ils n'ont personne pour les aider.
"Le virus VIH et le sida ont un impact très lourd sur l'approvisionnement: ceux qui devraient pouvoir aider sont souvent trop malades pour faire quoi que ce soit, et des familles entières sont à la charge des enfants", explique la coordonnatrice du Pam.
La timide jeune fille explique, ses grands yeux marrons pleins de larmes, que ses parents "ont été malades très longtemps avant de mourir".
Elle dit "préfèrer vivre seule avec son frère", parce que les autres membres de sa famille leur font "des remarques bizarres" qui les "mettent mal à l'aise".
"Nous prenons soin de nous-mêmes. Nous allons à l'école à pied chaque matin, nous rentrons dans l'après-midi et nous nous faisons à dîner".
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