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Arabes-Sida-ONU: Des ONG arabes se liguent contre le sida qui menace leur région

Agence France-Presse - décembre 15, 2002
Hamida Ben Salah

TUNIS, 15 déc (AFP) - "Soyons unis, soyons vigilants: le sida ne reconnaît pas de frontières", tel était le message martelé durant cinq jours à la première rencontre arabe sur la sida qui s'est tenue du 9 au 13 décembre à Tunis sous l'égide de l'ONU, notamment de son programme de développement (PNUD).

Le premier objectif de la rencontre était créer un réseau régional de la "société civile" pour coordonner les efforts déployés ça et là à l'échelle de chaque pays.

Ce réseau, dont la mise en place a été confiée pour un an à l'Association tunisienne de lutte contre le sida et les maladies sexuellement transmissibles (ATLMST/SIDA), est décrit comme une "nécessité absolue" dans la déclaration finale des représentants de 14 pays arabes d'Afrique du nord et Moyen-Orient.

"Il est urgent d'apprendre à agir ensemble. Certains de nos pays connaîssent actuellement un virage épidémiologique, le sida défiant les frontières", a déclaré à l'AFP en marge du séminaire, le Pr. Ridha Kamoun président de l'ATLMST/SIDA.

Avec quelque 500.000 personnes atteintes du sida ou du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) dans tous les pays arabes et 83.000 nouveaux cas recensés en 2002, la région peut paraître relativement épargnée.

Mais les experts parlent de "progression cachée" et redoutent un effet "feu de brousse", à partir des pays situés en Afrique.

Pour Walid Badawi, responsable en charge du Sida au bureau régional du PNUD à New York, les chiffres communiqués à l'ONU sont "largement sous-estimés et peu fiables" à cause notamment d'un "manque de visibilité" de la maladie.

Cette opacité sur la prévalence réelle du sida et les difficultés de mener une prévention efficace relèvent des mêmes tabous et interdits culturels et religieux, a relevé Anour Moalla, expert tunisien ayant statut de représentant régional d'ONG auprès de l'Union africaine.

"La région arabe paraît de faible prévalence, mais il serait suicidaire de dormir sur des lauriers, le risque étant de manier une bombe à retardement", a-t-il poursuivi.

Selon lui, la Libye est un cas symptomatique de cette situation: du jour au lendemain ce pays vient de découvrir 7.000 cas de sida après avoir toujours présenté des déclarations négatives depuis l'apparition de la maladie. Les libyens sont nombreux à se rendre en Tunisie voisine pour des dépistages ou des soins.

"La construction d'un réseau géré dans la transparence et la démocratie est une avancée en soi à l'échelle arabe. Lutter ensemble contre le sida est une nécessité stratégique", a estimé le Pr Kamoun.

En plus de coordination et d'échanges, les ONG arabes sont appelées à un effort de créativité pour adapter leurs messages et action de prévention aux exigences de la culture musulmane.

Selon M. Moalla, il est surtout "urgent" de corriger une croyance selon laquelle la religion suffit à protéger du sida. "Nous devons être créatifs pour trouver le moyen de parler de sexualité et faire face au moyen d'une prévention de proximité", a-t-il dit.

Et de souligner que la ligne de conduite des ONG face à la propagation de la maladie est de revendiquer dans tous les pays arabes confidentialité, gratuité et anonymat du dépistage. "Nous en sommes loin, mais ce sera notre point de mire", a-t-il promis.

Ont participé à la rencontre des délégués d'Algérie, Arabie saoudite, Bahrein, Djibouti, Egypte, Irak, Jordanie, Koweit, Liban, Libye, Maroc, Syrie, Tunisie et du Yémen. Somalie, Soudan et Emirats sont concernés mais absents.

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