PARIS, 22 déc (AFP) - Une équipe de chercheurs français et chinois est parvenue à stopper la progression du virus du sida chez des singes infectés par leur propre forme du virus, le SIV, virus de l'immuno-déficience simienne.
Les travaux du biologiste Louis Wei Lu et de ses collaborateurs sont présentés dans la revue Nature Medicine de janvier. Dans un point de vue accompagnant cet article, la revue salue "un nouvel espoir dans la mise au point de vaccins thérapeutiques capables d'éviter les souffrances et de prolonger la vie des malades".
Au contraire des vaccins préventifs, destinés à empêcher l'entrée d'un virus dans l'organisme, les vaccins thérapeutiques visent à stopper ou à ralentir leur progression une fois qu'ils y sont déjà.
Le Dr Wei Lu, de l'Institut de recherche sur les vaccins et l'immunothérapie des cancers et du sida de Paris, a traité dix singes, des macaques de Chine, fournis par l'Institut de médecine tropicale de Guangzhou, en ayant recours, à la fois à des cellules dendritiques - présentes à la surface du mucus et de la peau et chargées de capturer les agents pathogènes - prélevées sur des animaux récemment infectés et à une forme artificiellement inactivée du virus du sida du singe. Cette inactivation conserve son apparence au virus mais l'empêche de se multiplier.
Mis en présence des cellules dendritiques, le virus inactivé les a envahies mais s'est effectivement trouvé incapable de se reproduire. Après incubation, les cellules phagocytées ont été réinjectées en cinq phases successives dans l'organisme des animaux préalablement infectés.
Cette approche a entraîné non seulement une impressionnante baisse des niveaux de virus présents dans le sang mais aussi une augmentation du nombre des cellules du système immunitaire.
"Dans les dix jours suivant la première injection, nous avons observé une baisse significative du virus et une remontée des cellules chargées de la protection du système immunitaire et, à la troisième injection, les baisses virales étaient de l'ordre de 100 tandis que le nombre des cellules immunitaires était multiplié par six", a expliqué à l'AFP le Dr Wei Lu en précisant que trois des dix singes n'ont répondu que faiblement au traitement.
"Ces résultats sont porteurs d'espoir et nous encouragent à poursuivre pour éradiquer le virus", a-t-il ajouté.
"Cette étude fournit des preuves impressionnantes qu'il est possible de contrôler une infection par le virus du sida et, si ces travaux étaient confirmés (...) et adaptés avec succès aux humains, ils pourraient constituer une nouvelle approche thérapeutique capitale contre le sida", écrivent les Prs Nina Bhardwaj et Bruce Walker, spécialistes de cette maladie, à l'université de New York et à l'université de médecine de Harvard, à Boston.
Les auteurs soulignent toutefois que les macaques de Chine ne sont pas les plus couramment employés et que les résultats obtenus pourraient être propres à cette espèce. Les singes ordinairement utilisés sont les macaques d'Inde chez lesquels le processus de l'infection par le virus est mieux connu, notent-ils.
En outre, ajoutent-ils, il va falloir vérifier si ce possible vaccin thérapeutique est aussi efficace à des stades chroniques de l'infection - quand le virus a eu le temps de se diversifier - qu'à ses débuts.
Seulement 56 jours séparent l'infection des singes de la première injection thérapeutique, soulignent-ils, en rappelant que "des interventions immunologiques (...) qui se sont montrées prometteuses contre des infections aigües se sont révélées moins efficaces contre des infections chroniques".
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