CHIANG MAI (Thaïlande), 22 déc (AFP) - Maltraités et mal soignés par un pays qui préférerait qu'ils n'existent pas, des séropositifs birmans choisissent parfois l'exil en Thaïlande pour survivre à la maladie qui fait de plus en plus de ravages dans leur pays.
Ko Lwin Moe, un commerçant de 37 ans auquel on a annoncé sa séropositivité il y a deux ans, a été en traitement pendant un an dans une clinique privée de Rangoun avant de fuir en Thaïlande.
"Je serais déjà mort si j'étais resté en Birmanie", dit-il, "les médecins thaïlandais me traitent comme un patient, en Birmanie le personnel médical me traite comme un criminel".
Après un interrogatoire serré sur ses ressources financières pour s'assurer qu'il avait les moyens de payer, les médecins de son pays lui ont donné des antibiotiques, et lui ont dit: "vous allez mourir, de toute façon".
"J'ai eu la chance d'avoir assez d'argent et l'occasion de partir en Thaïlande pour un traitement", explique le Birman.
Selon les Nations unies, au moins 400.000 personnes --sur une population de 48 millions-- sont porteuses du VIH-sida, mais des sources sanitaires indépendantes basées à Rangoun estiment que la prévalence serait deux fois plus élevée.
Les autorités, qui s'expriment rarement sur ce sujet ultra sensible, estiment que ces chiffres sont grossièrement gonflés et que l'abstinence avant le mariage, et la fidélité après, restent les meilleurs remparts contre le virus.
"Les valeurs culturelles et sociales de la Birmanie ont un effet protecteur plus grand que dans beaucoup d'autres groupes de population", a affirmé le numéro trois du régime, le général Khin Nyunt, dans un discours lors de la journée mondiale du sida le 1er décembre.
Et quand l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé l'accès aux soins en Birmanie à l'avant-dernière place sur 192 pays, le ministère de la Santé a dénoncé les "éléments réactionnaires" qui tentent de ternir la réputation du pays.
Les campagnes gouvernementales qui appellent les Birmans à "rester fidèles à leur conjoint" ne mentionnent jamais les préservatifs ni les seringues propres pour les nombreux drogués de ce pays gros producteur d'héroïne. Et la séropositivité est synonyme de rejet.
"Chez nous, les séropositifs sont les mauvais garçons", explique Tun Aung, homme d'affaires birman dont plusieurs amis sont malades.
"Autant que je sache il n'y a que quelques cliniques pour les malades du sida, qui ont été fondées par des missionnaires ou des organisations non gouvernementales", dit-il, expliquant que les hôpitaux publics n'offrent pas de soins spécialisés pour le sida.
Les médicaments sont chers et seulement disponibles au marché noir, ajoute-t-il. Les traitements peuvent coûter de 70 à 300 dollars par mois, dans un pays où un enseignant gagne moins de 10 dollars mensuels.
Khin Sein, secrétaire général du Burma Medical Group, organisation sanitaire basée à Mae Sot, localité frontière côté thaïlandais, explique que dans les petites villes, bien des malades se rabattent sur des pharmaciens ou des guérisseurs auto-proclamés médecins et meurent rapidement de maladies opportunistes.
D'autres ont recours à la médecine traditionnelle, qui fait l'objet de publicité avec l'assentiment de la junte au pouvoir malgré son inefficacité, ou à la magie noire. D'autres encore renoncent à la vie matérielle pour aller finir leurs jours dans une pagode.
"La seule manière efficace de faire face à la situation est de faire circuler l'information sur cette maladie terrible parmi le public et lui apprendre comment s'en protéger", dit Khin Sein.
"Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement tarde tant à fournir les vrais chiffres des personnes infectées par le virus", ajoute Ko Lwin Moe, nous avons besoin d'une aide d'urgence de l'extérieur".
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