MANZINI (Swaziland), 20 déc (AFP) - La grève générale au Swaziland, généralement peu suivie et qui s'est s'achevée vendredi soir, pour protester contre l'achat par le roi Mswati III d'un avion de 45 millions de dollars, doit reprendre le 23 janvier si les demandes des syndicats ne sont pas suivies d'effet, a indiqué l'un des dirigeants.
Jan Sithole, Secrétaire général de la Fédération des Syndicats du Swaziland (SFTU), a annoncé la reprise possible du mouvement qualifié de "succès" bien que 2.000 manifestants seulement se soient mobilisés vendredi pour manifester dans la principale ville industrielle du petit royaume, Manzini, à 40 kilomètres au sud-est de la capitale, Mbabane.
"Ce n'est qu'un premier avertissement pour sortir le gouvernement de sa torpeur (...) nos portes demeurent ouvertes pour discuter du problème de l'achat par le roi de son jet et de celui de l'effondrement de l'état de droit", a commenté pour sa part, à la fin du mouvement de grève, Vincent Ncongwane, Secrétaire général de la Fédération du travail du Swaziland (SFL).
Les grévistes exigent aussi le retour à un état de droit à la suite de la démission en bloc de plusieurs juges fin novembre, dont l'autorité avait été remise en cause par le Premier ministre du Royaume, Sibusiso Dlamini.
Pratiquement aucun commerce ou banque n'a fermé à Mbabane ces dernières 48 heures, seuls quelques établissements ont baissé leurs rideaux métalliques lors du passage des cortèges.
Selon Nomthetho Simelane, professeur de sciences politiques à l'Université du Swaziland, le peu d'enthousiasme pour le mouvement s'explique par l'approche des fêtes de fin d'année. La brutalité de la répression policière constatée lors de précédents manifestations a également joué, estime-t-il, pour dissuader les manifestants.
Jeudi matin, un cocktail molotov avait été lancé contre un bâtiment de la police dans la banlieue de Mbabane, sans faire de victimes. Mais aucun lien formel n'a été établi entre cet acte, condamné par des dirigeants syndicaux, et le mouvement de grève.
L'opposition et les syndicats ont lancé l'ordre de grève pour protester contre l'achat par le roi Mswati III d'un jet de luxe du constructeur canadien Bombardier. Les millions de dollars déboursés, font-ils valoir, pourraient être utilisés pour la lutte contre la famine qui menace ce petit royaume enserré entre l'Afrique du Sud et le Mozambique, ainsi que pour combattre le sida.
Selon les statistiques les plus récentes des Nations Unies, au moins 265.300 Swazis sur une population d'un million d'habitants sont menacés de famine au cours des prochains mois.
La population du Swaziland, comme celle d'autres pays de la région, est ravagée par le sida et 33,4% des adultes, selon des statistiques onusiennes, sont infectés par le virus VIH ou ont développé la maladie. Les 45 millions de dollars consacrés à l'achat du jet royal représentent plus du double du budget de santé annuel du petit royaume évalué à 20 millions de dollars.
Le Swaziland est l'une des dernières monarchies absolues au monde. Une nouvelle constitution est en voie d'élaboration, déja qualifiée de "comédie" par l'opposition.
A la mi-décembre, trois organisations du patronat et de l'industrie du Swaziland ont publié un communiqué virulent contre le gouvernement du roi Mswati III, demandant sans détour "le retour du droit et de la bonne gouvernance" dans le petit royaume.
L'Association de la communauté d'affaires swazie, la Fédération des Employeurs du Swaziland et la Chambre de commerce et d'industrie du Swaziland se sont jointes pour exprimer leur "déception face à l'incapacité du gouvernement à respecter des règles fondamentales pour tout pays démocratique".
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