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Zimbabwe-crise-An2002: Famine, sida, pénuries et inflation galopante: le cauchemar du Zimbabwe

Agence France-Presse - décembre 19, 2002
Stéphane Barbier

JOHANNESBURG, 19 déc (AFP) - Plus de la moitié de sa population est menacée de famine, le sida tue 2.000 personnes par semaine, le pays n'a plus de carburants et l'inflation augmente de 1% par jour: jamais depuis son indépendance en 1980, le Zimbabwe de Robert Mugabe n'avait connu une telle crise.

"2002 a été un désastre et je pense que 2003 sera une tragédie", résume le politologue et militant pour lé défense des droits de l'Homme au Zimbabwe, John Makumbe. "Davantage de gens vont mourir de faim, du sida, du manque de médicaments, de la violence", prédit-il.

Des six pays d'Afrique australe qui ont connu en 2002 une terrible sécheresse en partie à l'origine de la famine qui menace près de 15 millions de ses habitants, le Zimbabwe est de loin le plus touché: 6,8 millions de 11,8 Zimbabwéens risquent de commencer à mourir de faim début 2003.

Pour les organisations non gouvernementales, l'ONU et l'opposition, ce n'est pas un hasard et la météorologie n'est pas, loin s'en faut, la seule responsable, Robert Mugabe, au pouvoir depuis l'indépendance, menant le pays à sa perte par une politique autoritaire et dogmatique.

En février 2000, humilié par le rejet d'une réforme agraire qu'il avait soumise à referendum, il passe outre le résultat de ce vote et impose par la force sa réforme destinée à redistribuer les terres fertiles de la minorité blanche à la majorité noire.

Cette réforme, qui vient de s'achever selon le gouvernement, a contribué à aggraver les effets de la sécheresse, car elle s'est accompagnée de violences commises sur les terres des Blancs occupées par des partisans du pouvoir, qui ont entraîné une chute significative de la production agricole.

Déjà dans le sud du pays, où plusieurs habitants des campagnes n'ont plus pour se nourrir que des fruits sauvages et des racines, les premiers symptômes de la famine apparaissent: hommes et femmes aux côtes saillantes, enfants au ventre anormalement rond.

La distribution de l'aide, insuffisante, est supervisée par le pouvoir et bien qu'il s'en défende, la nourriture est attribuée en priorité aux partisans du parti présidentiel, l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF).

Dans les grandes villes, les files d'attente se multiplient. On fait la queue pour tout: la farine de maïs, le pain, l'huile, le sucre, le sel, l'essence. Parfois, l'attente est récompensée, le plus souvent elle reste vaine et chacun s'en retourne chez soi... en faisant la queue pour prendre le bus.

Le pays n'a plus suffisamment de devises étrangères pour s'approvisionner à l'étranger. Les prix flambent, 175,5% d'inflation en novembre, soit une hausse des prix de 1% par jour depuis octobre. 80% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Le taux de chômage est d'environ 70%.

Ces difficultés, le président Mugabe ne les nie pas, mais il en rejette la responsabilité sur les autres, "les ennemis" du Zimbabwe: les Blancs, l'impérialisme, les pays occidentaux, au premier rang desquels l'ancienne puissance coloniale britannique, l'opposition, les syndicats, la presse.

Tous unis contre lui et accusés de "saboter" l'économie du pays avec pour seul objectif d'obtenir sa chute et rétablir un pouvoir à la solde de Londres, répète-t-il dans chacun de ses discours.

Conséquence, la politique répressive du pouvoir s'accentue: arrestations de syndicalistes, de magistrats, de journalistes. Manifestations interdites, dispersées sans ménagement. Opposants assassinés, torturés, agressés, violés, menacés, selon les organisations de défense des droits de l'Homme.

Agé de 78 ans, Robert Mugabe, semble en parfaite santé et paraît contrôler d'une main de fer son parti, l'armée et la police. Il a été réélu pour cinq ans en mars dernier face à son principal opposant, Morgan Tsvangirai, du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), lors d'un scrutin présidentiel contesté.

Les observateurs locaux indépendants et plusieurs des rares observateurs internationaux autorisés à surveiller cette élection, ont estimé que sa victoire avait été obtenue au prix de la fraude et de la violence.

Le Zimbabwe a été suspendu pour un an des réunions ministérielles du Commonwealth. Il est en train de devenir un Etat paria dont les habitants souffrent en silence. Pour l'instant.

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