JOHANNESBURG, 1er déc (AFP) - L'Afrique du Sud a fait au cours de l'année passée une volte-face remarquée dans son attitude vis à vis du sida, adoptant une politique plus agressive de prévention et de traitement, sous l'influence notamment de son ancien président Nelson Mandela.
Dimanche, pour la journée mondiale du sida, l'ex président âgé de 84 ans a lancé dans un discours prononcé à Bloemfontein (centre) un nouvel appel au gouvernement pour qu'il facilite l'accès des anti-rétroviraux pour les malades.
Au cours de l'année écoulée, l'ancien président sud-africain n'a pas manqué une seule occasion de critiquer la position du gouvernement qui se trouvait encore, il y a un an, poursuivi en justice par une Association contre le Sida, Tac (Campagne d'action pour le traitement), pour n'avoir pas reconnu la nécessité d'administrer aux mères enceintes la Névirapine, un anti-rétroviral réduisant les risques de transmission de la mère à l'enfant.
Aujourd'hui, réagissant aux pressions et devant l'effrayante réalité de la progession de la maladie en Afrique du sud, l'un des pays les plus touchés au monde, le gouvernement du président Thabo Mbeki a fait volte-face.
Selon des statistiques onusiennes et des relevés d'organismes sud-africains, plus de 20% de la population adulte sud-africaine est actuellement infectée par le virus (VIH) ou a développé la maladie, 5 millions de personnes sont touchées sur une population totale de 46 millions, et 660.000 enfants sont orphelins du sida. En 2001, 360.000 décès directement liés à la pandémie ont été enregistrés.
"Nous devons trouver le moyen de procurer les traitements sauveurs de vie à tous ceux qui en ont besoin, sans chercher à savoir s'ils peuvent payer ou non, ou s'ils sont destinés à vivre ou non", a déclaré cette année Nelson Mandela dans l'une de ses interventions.
C'est également l'ex-président qui a convaincu en juillet 2003 Zachie Achmat, président de la Tac et séropositif, d'interrompre une grève de traitement par anti-rétroviral entamée il y a plusieurs mois si le gouvernement ouvrait 18 centres pilote pour dispenser des traitements gratuits.
Mandela rencontrait peu après le président Mbeki pour lui présenter la position de Zachie Achmat. Presque immédiatement, le gouvernement annonçait en octobre la formation d'un comité entre responsables du Trésor et de la Santé pour évaluer le coût d'une campagne de traitement à l'échelle nationale.
Au nombre des pressions auquelles le gouvernement a été soumis cette année pour réviser sa position, figure la décision d'entreprises privées, telles que le géant minier Anglo American, de fournir gratuitement un traitement à tous leurs employés séropositifs ou malades du sida.
Des porte-paroles gouvernementaux ont fait savoir en septembre que cette initiative du secteur privé "gênait" le gouvernement sur lequel retombe désormais la responsabilité de traiter ces mêmes malades s'ils quittent leurs entreprises.
Nelson Mandela a annoncé ce week-end, à la veille de la journée mondiale sur le sida, deux initiatives de nature à encourager gouvernement et secteur privé à poursuivre et étendre leur action en matière de prévention et de traitement.
Le 5 décembre, la Fondation Nelson Mandela fera connaître ses propres statistiques sur la prévalence des infections et de la maladie à l'échelle nationale. Ces nouveaux chiffres devraient complèter, voire corriger, les statistiques officielles publiées jusqu'à présent.
Le 3 décembre, la Fondation Nelson Mandela et l'Association médicale sud-africaine (Sama) lanceront, avec un premier apport de 10 millions de rands (1 million de dollars/euros), "Tshepang" ("Espoir"), un programme destiné à faciliter l'accès aux anti-rétroviraux dans le secteur public.
"Au moins 10 millions de personnes mourront du sida", selon les données actuelles, a souligné Kgosi Letlape, président du programme, "et cela s'appelle du génocide".
"Pour éviter ce génocide, chacun a un rôle à jouer", a poursuivi Letlape qui a appelé le gouvernement à soutenir le programme sans réserve.
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