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Iran-sida: Le sida désormais ouvertement évoqué dans l'Iran islamique

Agence France-Presse - décembre 1, 2002
Siavosh Ghazi
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TEHERAN, 1er déc (AFP) - Des feuilletons télévisés centrés sur un jeune atteint du sida, des campagnes d'information à la radio, des articles dans la presse: le sida n'est plus tabou dans l'Iran islamique où les relations sexuelles sont bannies en dehors du mariage.

Dimanche, à l'occasion de la journée mondiale du sida, des médecins sont venus sur les plateaux de la télévision et la radio nationales parler de la maladie et de sa prévention. Des brochures devaient être distribuées à 500.000 fonctionnaires et aux enseignants.

Récemment, de jeunes contaminés par le virus ont témoigné à la télévision de leur drame, le visage caché, reconnaissant devant des millions de téléspectateurs avoir eu des relations sexuelles "illégitimes".

Fait nouveau, la presse faisait état récemment d'agressions par deux jeunes filles brandissant un couteau et se déclarant contaminées pour détrousser leurs victimes. Selon la presse, une Téhéranaise malade aurait abandonné au petit matin son amant d'une nuit en lui laissant pour message: "bienvenue dans le monde des sidéens".

Interdits au début de la Révolution, les préservatifs sont désormais en vente libre dans les pharmacies ou dans les supermarchés à un prix abordable.

Officiellement, 4.237 cas de personnes atteintes du sida, dont 4.028 hommes, ont été recensées. Les autorités médicales reconnaissent cependant elles-mêmes que le nombre des malades dépasserait les 20 à 30.000 personnes.

"C'est principalement dans les prisons, pleines de drogués, que le sida se transmet", affirmait récemment un responsable de la santé publique à Téhéran, Ali Mansouri.

Selon les statistiques officielles, 65% des séropositifs recensés sont des toxicomanes se droguant par injection, en particulier dans les prisons. Or, selon les chiffres officiels, sur les 180.000 prisonniers que compte l'Iran, plus de 100.000 sont des toxicomanes ou des trafiquants. L'administration pénitentiaire a décidé de distribuer gratuitement des seringues aux prisonniers.

Mais M. Mansouri reconnaissait que les recensements de séropositifs portaient essentiellement sur la population pénitentiaire et non l'ensemble des Iraniens.

Personne n'évoque l'homosexualité, sévèrement réprimée. Les autorités gardent aussi le silence sur la transmission lors de relations sexuelles hors mariage, elles aussi interdites. Aucune enquête n'est possible dans "les autres groupes à risque, comme les femmes de rue", affirmait M. Mansouri.

Officiellement, le nombre des prostituées est évalué à 30.000. Selon la presse, la moitié serait séropositive.

La prostitution, en forte expansion, ne fait l'objet d'aucun contrôle sanitaire. Le ministère de l'Intérieur a dans ses tiroirs un programme de contrôle médical, mais craint la réaction des conservateurs et des islamistes.

"Mais le problème devient tel que bientôt ils seront forcés de prendre des mesures pour empêcher une explosion du sida", affirme une journaliste sous couvert de l'anonymat.

De même, les relations sexuelles entre jeunes filles et garçons se sont développées ces dernières années. Régulièrement, les autorités lancent des mises en gardes contre les relations extra-conjugales, qui ne sont pas seulement le fait des milieux occidentalisés de la capitale.

Il y a quelques mois, le vice-ministre iranien de la Santé Hossein Malek-Afzali a critiqué publiquement la passivité des autorités.

"Aujourd'hui, il ne faut pas répéter l'erreur passée, mais lancer une campagne d'information sur les risques de la maladie, informer les jeunes, notamment par les médias. Le sujet ne doit plus être tabou", avait-il déclaré.

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