JOHANNESBURG, 1er déc (AFP) - Les cendres de 17 bébés, d'abord orphelins du sida puis terrassés par la maladie, ont été inhumées dimanche à Johannesburg pour la journée mondiale du sida, sombre rappel que 5 millions de personnes, dont 20% de la population adulte d'Afrique du Sud, sont infectées par le virus du VIH.
"La cérémonie qui a eu lieu aujourd'hui montre le sort tragique de ces bébés atteints par le sida, et aussi celui des orphelins de la maladie", a commenté soeur Stella Dubazana, de l'hospice du sida de Cotlands, un orphelinat de la banlieue de Johannesburg qui a la charge de 60 bébés malades du sida.
"L'année dernière nous avons enterré 45 bébés. Cette année, ce chiffre s'est élevé à 60", remarque-t-elle, expliquant que le taux des décès liés au sida "est en nette progression".
Le plus jeune bébé inhumé dimanche, Mark Kaheka, avait 29 jours. Le plus âgé, Mahlatse Gumede, avait trois ans.
Dix-sept petites boîtes, enveloppées de papier doré et contenant les cendres de chaque bébé, ont été inhumées une par une, dans le plus grand silence, avec une petite plaque portant les noms des victimes.
"Ces 17 bébés ont été rendus orphelins par le sida qui a tué leurs parents, ou ont été abandonnés parce qu'ils étaient malades", explique soeur Stella qui a dirigé la cérémonie tenue au nord de Johannesburg.
L'un des plus grands problèmes dans la lutte contre la pandémie, malgré les progrès réalisés, poursuit-elle, est le "stigmate" attaché au virus.
"C'est l'une des choses que nous avons à combattre et c'est la raison pour laquelle des bébés sont abandonnés régulièrement à la porte de notre hospice".
Selon des statistiques de l'ONU, l'Afrique du Sud compte 660.000 orphelins du sida.
Tandis que se déroulait cette cérémonie devant les "familles" formées des seuls membres de l'hospice, plusieurs centaines de militants contre la pandémie défilaient dans le centre de la ville.
"Le but de notre manifestation, dirigée ouvertement par des séropositifs, est, une fois de plus, d'éveiller l'attention aux problèmes du sida", a expliqué à l'AFP Mark Heywood, porte-parole de la Campagne d'action pour le traitement (Tac).
"Nous demandons aux gens de se montrer de plus en plus honnêtes sur le fait qu'ils ont le virus ou le sida", poursuit Mark Heywood, rappelant que le défilé de la Tac intervient un jour après la signature, annoncée dimanche, d'un accord de principe entre gouvernement et société civile pour permettre l'accès généralisé en 2003 des anti-rétroviraux pour l'ensemble de la population affectée par le virus VIH ou la maladie.
L'accord, conclu entre le Conseil national de l'économie, du développement et du travail (Nedlac) et le gouvernement après plusieurs mois de négociations, stipule que "personne ne peut être renvoyé d'un hôpital ou d'une institution de santé, ou se voir refuser un traitement parce qu'il a contracté le sida".
Parmi les objectifs fixés par l'accord qui doit encore être formellement signé, figurent notamment:
- Une réduction d'un cinquième, avant 2005, du nombre de bébés infectés par le virus.
- L'accès à la névirapine (anti-rétroviral réduisant les risques de transmission du virus de la mère à l'enfant) aux femmes enceintes sur l'ensemble du pays.
- La fourniture d'anti-rétroviraux à toutes les victimes de viols afin de les empêcher de contracter le sida.
- La fixation d'objectifs nationaux pour une réduction de 25% de la prévalence des infections VIH dans la population des 15 à 24 ans.
- L'organisation d'une série de journées nationales pour promouvoir les tests de dépistage du sida. La première de ces journées a été fixée au 1er mars 2003.
L'accord, passé entre gouvernement, syndicats, personnalités religieuses, organisations communautaires et militants anti-sida, doit encore recevoir l'approbation des entreprises privées.
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