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AfSud-sida: En un an, l'Afrique du Sud a fait volte-face dans son attitude face au sida

Agence France-Presse - novembre 29, 2002
Fienie Grobler
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JOHANNESBURG, 29 nov (AFP) - Il y a un an le président sud-africain Thabo Mbeki considérait les anti-rétroviraux comme "du poison". Aujourd'hui, il les distribue gratuitement aux victimes de viols et aux mères séropositives enceintes pour réduire les risques de transmission du virus à l'enfant.

"Nous venons de loin. Le VIH/sida est devenu cette année un enjeu politique majeur et je pense que le gouvernement a été sensible aux pressions", explique à l'AFP Alan Whiteside, directeur de l'Institut de recherche sur le sida de l'université du Natal (est).

L'Afrique du Sud est l'un des pays les plus touchés au monde par le sida. Selon des statistiques onusiennes, plus de 20% de la population adulte sud-africaine est actuellement infectée par le virus (VIH) ou a développé la maladie.

Environ 660.000 enfants sont orphelins à cause du sida et en 2001, 360.000 décès directement liés à la pandémie ont été enregistrés.

Il y a un an à peine, le leader d'opposition Tony Leon affirmait que le gouvernement de Pretoria faisait preuve dans sa gestion de la crise de "négligence massive et de manquement majeur en matière de leadership".

Aujourd'hui, les Nations unies font l'éloge de Thabo Mbeki pour sa clairvoyance dans les programmes de prévention du sida.

L'attitude des autorités de Pretoria a évolué en plusieurs étapes, dont certaines forcées par des actions en justice.

En décembre 2001, la Haute Cour donne raison à une demande de la Campagne d'action pour le traitement (Tac), un groupe influent pour la prévention du sida, qui conteste le refus du gouvernement de fournir des anti-rétroviraux aux femmes séropositives enceintes. Le gouvernement fait appel.

Plusieurs gouvernements provinciaux et médecins de renom, confrontés aux réalités sur le terrain, font fi de la politique officielle et administrent les thérapies anti-rétrovirales.

De son côté, l'ancien président sud-africain Nelson Mandela ne manque pas l'occasion de critiquer la position gouvernementale. "Nous devons trouver le moyen de procurer les traitements sauveurs de vie à tous ceux qui en ont besoin, sans chercher à savoir s'ils peuvent payer ou non, ou s'ils sont destinés à vivre vivre ou non", déclare-t-il.

En avril, dans une étape décisive, le gouvernement annonce que les victimes de viols pourront désormais recevoir gratuitement un traitement anti-rétroviral dans les hôpitaux publics.

Quelques jours après, Thabo Mbeki donne lui-même le plus clair signal de changement d'attitude en affirmant: "Il est devenu tout à fait important que je fasse passer les bons messages" sur le sida.

Dans un mea culpa remarqué, le président sud-africain admet aussi en cours de session parlementaire que sa position sur le sida a "provoqué la confusion". Et il affirme ce qui est maintenant devenu la thèse officielle de son gouvernement: le VIH provoque bien le sida.

Peu après, la Cour constitutionnelle déboute le gouvernement dans son appel de décembre 2001 contre la Tac pour le traitement des mères séropositives et affirme que refuser le traitement revient à violer les droits de l'Homme.

"Ce jugement a été déterminant pour l'Afrique du Sud", estime le directeur national de la Tac, Nathan Geffen. "Nous avons encore relevé de nombreux décès cette année pour absence de traitement, mais nous faisons des progrès", ajoute-t-il, tout en déplorant l'inexistence d'un plan de traitement pour tous à l'échelle nationale.

En octobre, le ministère de la Santé annonce des crédits supplémentaires annuels de 100 millions de dollars pendant trois ans pour lutter contre la contamination.

"Pour la première fois, nous avons maintenant des fonds disponibles pour aider les hôpitaux", souligne le porte-parole du ministère de la santé, Jo-Anne Collinge.

Et Alan Whiteside d'ajouter: "La politique gouvernementale semble traduire un nouveau réalisme à tous les niveaux (...). Le seul moyen de lutter contre le sida est celui utilisé contre l'apartheid: en être conscient chaque jour et à chaque heure".

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