WINDHOEK, 25 nov (AFP) - Vingt-deux pays d'Afrique australe et orientale ont ouvert lundi à Windhoek une vaste réflexion sur le problème de plus en plus pressant des orphelins du sida, face auquel les Etats adoptent des politiques trop limitées et dispersées, selon l'Unicef.
L'Afrique sub-saharienne comptait 34 millions d'orphelins en 2001, dont 11 millions avaient perdu leurs parents à cause du sida. Avec la hausse continue de la prévalence et des décès dus au sida, ces chiffres devraient passer en 2010 à 42 millions d'orphelins, dont 20 millions dûs au sida.
"En dépit de déclarations venant de tant de pays, la réponse concrète à ce jour a été très limitée, fragmentée et honteusement en-deçà" de l'ampleur de la tragédie, a déclaré à la conférence le directeur régional du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) pour l'Afrique australe et de l'Est, Urban Jonsson.
Pour les pays de la région, plus particulièrement ceux à faible population, la crise des orphelins du sida est "le plus important défi économique du 21ème siècle", a affirmé la ministre de la Femme et de l'Enfance de Namibie, Netumbo Nandi-Ndaitwa.
La Namibie (1,82 millions d'habitants) est l'un des pays les plus touchés au monde par la pandémie, avec un taux de prévalence adulte de 22,5%. Il compte 82.000 orphelins, 42% d'entre eux à cause du sida, souvent condamnés à quitter l'école, diriger le foyer, s'occuper d'un parent mourant, et plus vulnérables à la malnutrition, l'exploitation, aux violences, et au sida.
"Traditionnellement, ces enfants seraient pris en charge par la famille au sens large. Mais ce système devient de plus en plus surchargé", s'alarme la ministre de la Santé Libertina Amathila, soulignant le paradoxe des grands-parents "à priori dépendant de leurs enfants pour survivre, mais devenant ceux dont les petits-enfants dépendent, après la mort des parents".
Il n'est pas rare en Namibie que des grands-parents perdent un, deux, voire trois enfants, et recueillent deux enfants de chacun de ces enfants disparus, a déclaré la ministre. Il est des cas de grands-parents avec 12 petits-enfants à charge. Avec pour revenu la retraite mensuelle de 250 dollars namibiens (25 USD). "Le système ne sera pas viable à long terme", prévient-elle.
"Il nous faut tuer le mythe sur les capacités de la soi-disante famille africaine élargie", a déclaré Jonsson. "Ce mécanisme a été étiré depuis pas mal de temps. Il a aidé l'Afrique australe à faire face à la tragédie du VIH-sida depuis deux décennies. Mais il ne suffit plus".
Ces 20 ans ont transfiguré l'Afrique sub-saharienne, et accru sa dépendance, dit-il. "La crise humanitaire d'aujourd'hui en Afrique australe n'est rien d'autre que la première manifestation de vulnérabilités accrue, résultat de 20 ans de pandémie VIH-sida", avec la disparition de la tranche d'âge 15-35 ans qui jadis permettait aux pays de "tenir" jusqu'à la fin d'une famine.
Jonsson a aussi déploré "le grave manque d'engagement des dirigeants gouvernementaux et autres de la région pour traiter le VIH-sida". Il a notamment fustigé une récente réunion de ministres africains des Finances sur le NEPAD, stratégie panafricaine de développement, à Johannesburg, où les intervenants ont parlé de l'avenir économique des pays "comme si le sida n'existait pas".
Programmes visant les orphelins ou les familles adoptives? Privilégiant le placement en institution ou le maintien en famille gardienne? S'appuyant sur les autorités ou la communauté locale? Les participants à la conférence, co-organisée par la Namibie, l'Unicef, l'Onusida, les agences d'aide USAID, Norad, Save the Children, échangent à Windhoek expériences, succès et erreurs.
Leur objectif: des stratégies spécifiques envers orphelins et enfants "vulnérables" élaborées partout d'ici 2003, et mises en oeuvre d'ici 2005.
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