EVREUX, 22 oct (AFP) - L'application du principe de précaution a conduit les autorités sanitaires à élargir à une population de 3.000 à 4.000 personnes des tests déjà prescrits à 150 autres après une contamination de trois patients par le virus de l'hépatite C dans une clinique de Louviers (Eure).
"Les risques sont minimes mais pas nuls, c'est pourquoi, dans un souci de précaution, nous élargissons les tests", a indiqué Nicole Taillandier, directrice départementale des affaires sanitaires et sociales (Ddass) de l'Eure.
Les modalités pratiques de cette mesure devraient être arrêtées début novembre au cours d'une réunion associant la clinique de la Ravine, la Ddass et le Comité de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN).
Les autorités ont toutefois été rassurées par les résultats des premiers tests pratiqués en septembre et octobre sur les 111 premières personnes qui ont pu être jointes. Tous se sont révélés négatifs pour l'hépatite C mais aussi pour le VIH qui devait être aussi dépisté, souligne Nicole Taillandier. Les patients déjà testés avaient été hospitalisés dans les six mois précédant la contamination, en août 2001, tandis que l'élargissement de la mesure permettra de couvrir la période de dix ans antérieure.
Cette contamination a été détectée en novembre 2001 sur trois patients opérés à la clinique de La Ravine en même temps qu'un quatrième, porteur du virus de l'hépatite C. Elle avait entraîné l'ouverture d'une enquête sanitaire au sein de la clinique.
Les médecins avaient suspecté l'usage d'un flacon anesthésiant multidoses, utilisable pour plusieurs patients, et qui aurait pu servir de vecteur de contamination. "Les éléments dont nous disposons aujourd'hui confirment cette hypothèse de départ", selon Nicole Taillandier, qui estime que seraient en cause à la fois le flacon multidoses et le mode opératoire utilisé par l'anesthésiste.
"Ne pas affoler inutilement"
Le Dr Dominique Poels, PDG de la clinique de La Ravine, se montre plus nuancé. "Aujourd'hui, avec le résultat des tests, nous ne sommes pas certains que ce flacon soit en cause car il existe à l'hôpital de multiples autres manières pour qu'un microbe passe d'un malade à un autre", assure-t-il.
Le PDG affirme que l'usage du flacon multidoses était "une pratique normale à l'époque" dans les établissements de soins. Nicole Taillandier précise, quant à elle, que la Direction générale de la santé (DGS) s'appuie depuis 1998 sur les recommandations de l'Association française d'anesthésie et de réanimation, qui préconise de bannir cette pratique et de lui préférer celle, plus sûre, du flacon monodose utilisable pour un seul patient.
De son côté, Alain-Michel Ceretti, président de Lutte, information, études des infections nosocomiales (Lien), une association indépendante, demande aux pouvoirs publics de réaliser "une véritable enquête épidémiologique" en "déchargeant la clinique du poids des décisions à prendre". Il leur recommande de veiller "à bien cerner la population exposée au risque pour ne pas affoler inutilement".
Cette contamination a pris une tournure très émotionnelle mardi avec la publication par le Parisien d'une enquête intitulée "Clinique de Louviers: 10.000 malades peut-être infectés". Pour avancer ce chiffre, le journal faisait référence aux malades endormis par cet anesthésiste avec le flacon multidoses, depuis son arrivée à la clinique, il y a quinze ans.
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