PEKIN, 20 sept (AFP) - Le célèbre militant chinois antisida Wan Yanhai, détenu par les autorités chinoises depuis le 25 août, a été libéré vendredi après avoir confessé qu'il avait divulgué des secrets d'Etat, a rapporté l'agence Chine nouvelle.
Le docteur Wan, qui a "accepté de coopérer avec la police pour l'enquête", selon l'agence officielle chinoise, est accusé d'avoir transmis des documents classifiés appartenant à l'administration chinoise à des individus, des médias et des sites internet à l'étranger, selon un responsable du Bureau d'information de l'Etat.
"Au regard de l'attitude de M. Wan qui a confessé ses crimes et volontairement fait le récit de ses fautes, le bureau municipal de la sécurité d'Etat de Pékin lui a donné un avertissement et l'a relâché le 20 septembre après qu'il ait écrit une lettre de repentir, ce qui le qualifiait pour bénéficier de la clémence prévue par la loi", d'après le responsable.
L'épouse de Wan Yanhai, Su Zhaosheng, a déclaré que son mari allait "être de retour avant la fin octobre aux Etats-Unis", où elle habite. Elle a précisé au téléphone à l'AFP qu'il avait "dit qu'il passerait plus de temps aux Etats-Unis".
"Je suis très heureuse qu'il puisse revenir bientôt. Je ne veux pas qu'il reste là-bas (en Chine, ndlr) beaucoup plus longtemps", a-t-elle ajouté.
Selon des organisations de défense des droits de l'Homme qui avaient demandé sa libération, le Dr Wan aurait été arrêté pour avoir fait circuler sur internet un rapport officiel confidentiel sur le scandale du sang contaminé dans la province du Henan.
Human Rights Watch avait rappelé que les pratiques insalubres à l'origine de ce scandale avaient pourtant été signalées dans la presse internationale et certains médias chinois bien avant que ne le fasse le Dr Wan.
L'arrestation du Dr Wan n'avait pas été annoncée par les autorités chinoises, qui affirmaient être sans nouvelles de lui, et ses proches s'étaient dans un premier temps inquiétés de sa disparition. D'après Chine nouvelle, la nouvelle d'une détention peut être temporairement cachée à la famille de l'intéressé pour les besoins de l'enquête.
Durant l'arrestation de son mari, Mme Su s'était vue décerner en son nom un "prix international de l'action contre le VIH/sida et pour les droits humains", par le Réseau juridique canadien VIH/sida et Human Rights Watch.
Fonctionnaire dans l'administration de la santé à Pékin jusqu'en 1994, M. Wan avait été démis de ses fonctions pour son soutien aux gays et aux lesbiennes et pour avoir mené une campagne d'information sur les risques du sida.
Agé aujourd'hui de 38 ans, M. Wan a ensuite milité pour que les malades du sida en Chine aient des droits et des accès à des services et des soins.
Le mois dernier, son association, Aizhi Xingdong (Mouvement pour la connaissance de l'amour - ce qui fait un jeu de mots avec sida (aizi) - ) avait reçu l'ordre, sans raison officielle, de quitter les locaux qu'elle occupait sur un campus universitaire.
Les autorités chinoises admettent aujourd'hui qu'un million de personnes ont été contaminées par le virus HIV du sida, estimation portée à 1,5 million par les Nations unies qui n'excluent pas que le nombre atteigne 10 millions d'ici 2010 si la Chine ne prend pas des mesures efficaces.
Selon le responsable cité par Chine nouvelle, "les administrations concernées veulent continuer à augmenter leur coopération avec les pays et les organisations à l'étranger" dans le domaine de la lutte contre le sida.
Mais ce même responsable estime "infondé et irresponsable le grand bruit fait récemment par les médias étrangers autour du cas de M. Wan".
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