HARARE, 11 avr (AFP) - Les personnes âgées zimbabwéennes, qui ont déjà d'énormes difficultés à s'occuper d'elles-mêmes dans un pays qui s'appauvrit de jour en jour, doivent en plus s'occuper de centaines de milliers d'orphelins du sida, une maladie qui fait des ravages au Zimbabwe.
Selon la branche zimbabwéenne de l'organisation non-gouvernementale internationale HelpAge, l'impact du VIH/sida sur les personnes âgées est "dévastateur". "Il pèse lourdement sur les plus vieux qui sont contraints de s'occuper des orphelins", indique à l'AFP le directeur d'HelpAge Zimbabwe, Douglas Mhizha.
Selon une récente étude menée par son organisation, une personne âgée au Zimbabwe s'occupe en moyenne de 10 orphelins, dont les parents sont morts du sida, qui frappe essentiellement la tranche d'âge des 20-49 ans.
Un rapport présenté par le gouvernement zimbabwéen à la conférence de l'ONU sur le vieillisement à Madrid, qui se tient jusqu'à vendredi, note que le problème n'est pas seulement la prise en charge des orphelins par les personnes âgées, mais aussi celui des soins à administrer aux malades.
En raison du coût faramineux des soins de santé dans un pays où 75% des 12,5 millions d'habitants vivent dans la plus grande pauvreté et où les hôpitaux n'arrivent plus à faire face, la plupart des malades du sida sont soignés dans leur famille.
Dans un effort désespéré pour apporter des soins à leurs enfants malades, les parents dépensent toutes leurs maigres ressources, ce qui ne fait que renforcer leur extrême pauvreté. Après la mort de leurs enfants, les parents restent seuls pour soigner leurs petits-enfants devenus orphelins.
Les orphelins du sida sont évalués à un million au Zimbabwe.
"On attend désormais des personnes âgées, dont les enfants prenaient traditionnellement soin après leur éducation, qu'elles deviennent des soutiens de famille pour leurs petits-enfants", note le rapport du gouvernement.
Selon une étude officielle menée en 1997, 17,3% des 2,5 millions de foyers du Zimbabwe sont dirigés par des personnes d'au moins 60 ans.
En soignant leurs enfants malades, mais aussi parfois leurs petits-enfants, les personnes âgées s'exposent en outre au risque d'infection par le HIV, en raison de leur manque de connaissance sur ce virus et sur les méthodes de soin appropriées.
M. Mhizha souligne que les campagnes d'information et de prévention s'adressant en priorité aux populations les plus à risque, les personnes âgées ne "connaissent pas les dangers encourus en soignant les malades du sida".
Et lorsqu'elles doivent prendre en charge leurs petits-enfants orphelins, elles sont également confrontées à des problèmes d'ordre psychologique en tentant de les amener à changer de style de vie après la mort de leurs parents.
Cet aspect "a sur les personnes âgées un effet dévastateur", affirme Douglas Mhiza.
Le sida tue en moyenne 2.000 personnes par semaine au Zimbabwe, l'un des pays du monde les plus affectés par la maladie.
La croissance démographique devrait passer sous la barre des 0% cette année et, si rien ne change d'ici là, l'espérance de vie passera de 66 ans en 1997 à 35 ans en 2010, selon des chiffres du gouvernement.
La maladie a également des impacts considérables sur la situation économique.
Ajoutée aux effets de la sécheresse, des inondations et de la politique de redistribution "accélérée" des terres, elle menace la sécurité alimentaire du pays, où quelque 560.000 personnes sont exposées à la famine.
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