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AfSud-justice-sida: VIH: la justice désavoue l'Etat et le somme de fournir un anti-rétroviral

Agence France-Presse - décembre 14, 2001
Claire Keeton
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PRETORIA, 14 déc (AFP) - La Haute Cour de Pretoria a infligé vendredi un désaveu majeur à la politique sud-africaine sur le sida, en sommant l'Etat de généraliser, dans les établissements publics de Santé, l'usage d'un anti-rétroviral qui limite la transmission du virus VIH de la mère à l'enfant.

La cour, saisie par une ONG d'aide aux malades, a estimé que le médicament Nevirapine, distribué à ce jour dans 18 sites pilotes seulement dans le pays, devrait être disponible pour toutes les femmes enceintes séropositives, à la condition de sites et d'un suivi adéquats.

Le gouvernement, a déclaré le juge Chris Botha, "est obligé de rendre la Nevirapine disponible aux femmes enceintes porteuses du virus VIH qui vont accoucher dans des établissements du secteur de santé de public (...) où ce programme n'a pas été étendu à ce jour".

La Cour, saisie par l'organisation Treatment Action Campaign (TAC), a donné raison à l'ONG sur un deuxième point: elle a ordonné au gouvernement de "produire immédiatement un programme national complet et efficace" pour prévenir cette transmission du virus mère-enfant, avec tests, suivi, traitement, mais aussi fourniture de subsitut lacté à l'allaitement.

La Cour demande surtout au gouvernement de produire, d'ici le 31 mars, un rapport détaillé attestant de ce programme étendu.

Chaque année, quelque 70.000 bébés naissent séropositifs en Afrique du Sud, où selon une étude en 2000, 24,5% des femmes enceintes sont séropositives.

La décision de la Haute Cour, sur un procès sans précédent en matière de soin du sida, constitue un désaveu public et majeur du gouvernement dans sa politique de lutte contre la maladie, qui affecte 4,7 millions de Sud-Africains.

Le gouvernement Mbeki, depuis deux ans et encore fin novembre au procès, plaidait un manque de ressources, "humaines, financières et d'infrastructures" pour expliquer son refus de généraliser la Nevirapine. Il évoquait aussi des questions d'efficacité et d'innocuité non prouvées du médicament.

La TAC, pour sa part, dans sa procédure contre la ministre de la Santé Manto Tshabalala-Msimang et huit homologues provinciaux, plaidait le droit constitutionnel à l'égalité devant la santé, pour toutes les femmes enceintes séropositives, pas seulement celles traitées sur les sites pilotes.

"Aujourd'hui, nous avons écrit l'histoire", s'est réjouit Mark Heywood, porte-parole de la TAC, a l'énoncé du jugement. "Ce jugement apporte l'espoir à des dizaines de milliers de femmes séropositives ... qui peuvent commencer à en bénéficier immédiatement dans les centres adéquats".

Heywood a appelé le gouvernement à accepter la décision de justice. "Nous voulons croire que cette triste histoire, ce triste conflit sont maintenant terminés, et que nous pouvons travailler ensemble pour assurer une application rapide" du programme Nevirapine, a-t-il dit.

Pour la TAC, que préside un séropositif, Zachie Achmat, le jugement de vendredi est un deuxième grand succès, aprés celui enregistré en mars-avril, mais cette fois aux côtés du gouvernement, dans un procès phare sur l'accès aux médicaments "génériques" bon marché, contre 39 firmes pharmaceutiques.

Depuis, l'ONG avait focalisé sa campagne sur l'Etat, le suppliant de faire de la Nevirapine contre la transmission mère-enfant sa priorité N°1, pour sauver des dizaines de milliers de bébés, nés séropositifs chaque année. La croisade a reçu au fil des mois le soutien de plus en plus sonore du monde syndical, des églises, d'universitaires, de médias, et de personnalités comme le Prix Nobel de la Paix Desmond Tutu.

Haroon Saloojee, un pédiatre du secteur public qui était associé à la procédure de la TAC, a estimé que le jugement "ouvrait le potentiel pour sauver les vies de 50.000 bébés l'an prochain".

Au ministère de la Santé, qui n'était pas représenté vendredi à l'audience, aucun porte-parole n'était disponible à la mi-journée pour un commentaire sur le jugement ou un éventuel appel.

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