OUAGADOUGOU, 9 déc (AFP) - La 12ème Conférence internationale sur le sida et les maladies sexuellement transmissibles en Afrique (CISMA/ICASA) s'est ouverte dimanche à Ouagadougou, sur des appels à développer l'accès aux traitements anti-sida pour le continent le plus touché par la pandémie.
En 2000, sur les 33 millions de séropositifs dans le monde, 70% vivaient en Afrique subsaharienne, selon le programme des Nations unies pour le VIH-sida (ONUSIDA).
Le continent, avec 2,3 millions de morts cette année, compte 76% des 3 millions de décès imputables au sida dans le monde et en l'absence de traitement adéquat, la plupart des 28,1 millions d'Africains qui vivent avec le virus du sida (VIH) ne survivront pas à la décennie, estime l'ONUSIDA.
"Les médicaments sont restés la propriété du Nord et les malades à la charge du Sud", a regretté le président burkinabè Blaise Compaoré, hôte de la conférence qui se poursuivra jusqu'au 13 décembre sur le thème "les communautés s'engagent".
Tout en reconnaissant que "des solidarités nouvelles s'organisent", il a estimé lors de la cérémonie d'ouverture que "la question interpelle urgemment la communauté des nations".
Peter Piot, directeur du programme ONUSIDA, a déclaré que "la prise en charge des malades (avait) fait des progrès significatifs, mais pas suffisants".
Il a relevé que quelque 30.000 personnes bénéficiaient en Afrique de trithérapies, selon les estimations de l'ONUSIDA, chiffre qu'il a qualifié "d'infime".
"L'accès aux soins est réaliste. L'accès aux soins pour tous doit commencer là où les infrastructures fonctionnent", a-t-il lancé, souhaitant que "2002 (soit) l'année des grandes actions".
Dans les pays riches, l'arrivée des trithérapies (association de trois médicaments) en 1996 a révolutionné la vie et le traitement des malades, faisant passer le sida du rang de maladie incurable et mortelle à celui de maladie chronique.
Mais en dépit de la signature par plusieurs pays africains d'accords avec les grandes firmes pharmaceutiques sur la fourniture de médicaments, notamment d'antirétroviraux (ARV), avec jusqu'à 90% de rabais sur les prix, l'accès aux traitements reste en Afrique très limité et les traitements encore trop chers pour la grande majorité des populations.
Le ministre français délégué à la Santé, Bernard Kouchner, a appelé les pays du continent à faire entendre leur voix pour obtenir des traitements, leur promettant l'appui de la France en ce sens.
"Il faut absolument que s'élèvent avec force les voix du Sud", a-t-il déclaré, notamment à l'occasion d'une réunion "cruciale" la semaine prochaine à Bruxelles sur la création du Fonds global de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, qui sera mis en place sous l'égide de l'ONU.
M. Kouchner a lu un message du président français Jacques Chirac dénonçant "le scandale d'un discours qui prétend interdire l'accès aux traitements en prétextant l'ignorance et la pauvreté, le scandale de modes de pensée qui refusent de voir le sida pour ce qu'il est réellement, un fléau qui nous menace tous, mais un fléau que nous pouvons combattre".
Le docteur Ibra N'Doye, de l'Union africaine de prévention des MST a de son côté estimé que "la mobilisation pour l'accès aux traitements devait être à la mesure de celle qui a suivi la catastrophe du World Trade Center", en référence aux attentats du 11 septembre aux Etats-Unis.
L'ancien président ghanéen Jerry Rawlings, aujourd'hui ambassadeur de bonne volonté auprès de l'ONU, a de son côté relevé que 1,5 milliards de dollars seulement avaient été promis au Fonds global, chiffre qu'il a qualifié de "peu encourageant", au regard des cinq milliards annuels que l'ONUSIDA estime nécessaire pour le continent.
Face au manque de moyens, il a mis l'accent sur la prévention et la "discipline", notamment dans les comportements sexuels.
Les débats en séance plénière et en groupes de travail doivent débuter lundi.
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