PRETORIA, 19 déc (AFP) - Le gouvernement sud-africain a décidé mercredi de faire appel du jugement récent de la Haute Cour de Pretoria, qui avait désavoué sa politique sur le sida en le sommant de fournir un anti-rétroviral, la Nevirapine, à des milliers de femmes enceintes séropositives.
Dans un communiqué, le ministère de la Santé indique qu'il fera appel du jugement "dès que possible devant la Cour constitutionnelle" pour obtenir "clarté" et "certitude" sur la séparation des pouvoirs, et les responsabilités de l'Etat, ou du pouvoir judiciaire, en matière de politique sociale.
"Cette question constitutionnelle et juridique -si laissée dans le vague-, pourrait jeter les politiques publiques dans le flou, et créer une confusion sur le principe de la séparation des pouvoirs, qui est une pierre angulaire de notre démocratie", souligne le ministère.
Parallèlement, le ministère indique que "ses politiques, y compris sur le VIH-sida, sont guidées par des principes fermes, mais non gravées dans la pierre". Il annonce qu'il va engager dès janvier une réévaluation de son programme actuel de prévention de la transmission du virus VIH de la mère à l'enfant.
L'organisation d'aide aux malades du sida, Treatment Action Campaign (TAC), qui avait initié l'action en justice contre le ministère de la Santé, a exprimé à l'AFP son "regret" que le ministère face appel car "cela met davantage de vies" de bébés en danger le temps de la procédure d'appel.
Une porte-parole du ministère a reconnu que l'appel, qui doit être déposé sous 15 jours, pourrait prendre "des mois". La TAC a exprimé l'espoir que la procédure soit bouclée au premier trimestre 2002.
Chaque année, quelque 70.000 bébés naissent séropositifs en Afrique du Sud, où selon une étude en 2000, 24,5% des femmes enceintes sont séropositives. Le nombre total de séropositifs est de 4,7 millions, soit une personne sur neuf, l'un des taux les plus élevés au monde.
En décidant de saisir la Cour constitutionnelle, le gouvernement a choisi d'ignorer les multiples appels, venus ces derniers jours de partis politiques, du monde syndical et du corps médical, à accepter sa défaite en justice le 14 décembre dernier, et à amender sa politique sur le sida.
Le président de la TAC, Zackie Achmat, a pourtant salué le fait que le ministère souhaite engager dès janvier une "plus large consultation" sur la prévention de la transmission mère-enfant. Il y voit une "porte ouverte" par le gouvernement pour travailler à l'avenir avec son organisation contre le VIH-sida.
M. Achmat a exhorté l'Etat à appliquer une partie du jugement de la Haute Cour, en donnant "immédiatement" aux établissements publics de santé qui en ont la capacité "l'ordre de prescrire" la Nevirapine aux femmes enceintes séropositives. "Et cela, dès demain".
La Haute Cour avait estimé que la Nevirapine, distribuée à ce jour dans 18 sites pilotes seulement du pays, devrait être disponible pour toutes les femmes enceintes séropositives, à la condition que des sites et un suivi adéquats soient mis en place.
L'Etat arguait de ressources et d'infrastructures insuffisantes pour un tel programme, ainsi que d'une innocuité non prouvée de l'anti-rétroviral.
La Cour avait aussi demandé au gouvernement de produire, d'ici le 31 mars, un rapport détaillé sur un programme étendu de lutte contre la transmission mère-enfant.
Du point de vue du ministère, la procédure d'appel "suspend l'obligation d'appliquer" le contenu du jugement, a expliqué une porte-parole le 14 décembre.
Mais le gouvernement, a-t-elle ajouté, est "résolu à ne pas laisser un vide s'installer" et ne considère pas que "les affaires continuent comme d'habitude" après ce jugement. D'où la réévaluation et les consultations en janvier sur le programme VIH-mère-enfant.
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