JOHANNESBURG, 18 déc (AFP) - Le gouvernement sud-africain, spectaculairement désavoué par la justice sur sa politique anti-sida en matière de transmission du virus mère-enfant, examinait mardi sa réponse au jugement, appelé de toutes part à accepter sa défaite et amender sa politique.
La ministre de la Santé, Manto Tshabalala-Msimang ainsi que huit ministres provinciaux de la Santé, qui étaient la cible de la procédure, se rencontraient mardi après-midi près de Johannesburg pour discuter des conséquences du jugement de la Haute Cour de Pretoria vendredi.
Dans une seule et brève réaction à ce jour, le gouvernement a indiqué vendredi soir qu'il "étudiait le jugement en détail, afin d'établir ses fondements, en particulier des questions cruciales telles que le rôle du judiciaire en lien avec des décisions de politique".
Ce risque de voir le pouvoir judiciaire dicter de facto des mesures de politique générale avait été plaidé par le gouvernement au procès. Celui-ci était intenté par une ONG d'aide aux malades du sida, Treatment Action Campaign, un pédiatre de la Santé publique, et un centre d'aide à l'enfance.
La Haute Cour a donné raison aux plaignants sur tous les points. Elle a sommé le gouvernement d'étendre l'usage de l'antirétroviral Nevirapine, pour limiter la transmission du VIH mère-enfant, au-delà des 18 sites-pilotes actuels. Elle lui a aussi ordonné de soumettre, d'ici la fin mars, un programme renforcé et détaillé d'action contre la transmission mère-enfant.
Tous les partis d'opposition, mais aussi la puissante confédération syndicale COSATU (1,7 millions de membres), alliée du Congrés National Africain (ANC, au pouvoir), des personnalités du monde médical, ont salué le jugement et appelé le gouvernement à renoncer à un appel devant la Cour constitutionnelle.
Mardi, au sortir d'un long week-end férié, la presse sud-africaine a enfoncé le clou.
Le quotidien The Star espère qu'avec le jugement, "tout va changer désormais", et que l'Etat va enfin fournir en masse la Nevirapine aux femmes enceintes séropositives. "Car un large consensus parmi les épidémiologistes considére que près de 70.000 bébés pourraient être sauvés chaque année". C'est le nombre de bébés naissant séropositifs chaque année dans le pays.
Le quotidien financier Business Day voit dans le jugement une "violente démonstration de l'entêtement" du gouvernement à ce jour, car le juge "Chris Botha est plutôt connu pour un modéré", et les tribunaux ont plutôt été "généralement prudents" sur des jugements touchant à la politique générale.
Business Day appelle l'Etat à "éviter le risque d'une humiliation devant la Cour constitutionnelle", à "accepter avec grâce le jugement, et le faire appliquer avec bonne foi". D'autant que le implications financières sont minimes, puisque qu'une offre de Nevirapine gratuite par la firme Boehringer-Ingelheim demeure valable.
Dans sa brève réponse initiale, le gouvernement soulignait qu'il s'est "engagé à étendre l'usage de la Nevirapine dans les établissements de santé publics", mais rappelait ses réserves, défendues au procès: "sur la base des résultats de recherches en sites-pilotes", et "en fonctions d'infrastructure et de ressources adéquates" pour un tel programme et un suivi.
Le gouvernement a promis une réponse pour cette semaine.
L'ANC, qui quelques jours à peine avant le jugement, jugeait dans un communiqué "malencontreuse" l'action en justice de la TAC, n'avait mardi toujours pas réagi au jugement de la Haute Cour.
"Il est difficile de se rappeler l'ANC aussi isolé sur un quelconque enjeu que sur le traitement du VIH-sida", écrit Business Day. "Et sans les contraintes d'usage sur les membres du parti, le président Thabo Mbeki et la ministre Tshabalala-Msimang se trouveraient sans doute eux-mêmes isolés dans leur prope parti".
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