OUAGADOUGOU, 13 déc (AFP) - La XIIème Conférence Internationale sur le sida et les maladies sexuellement transmissibles en Afrique (CISMA/ICASA) s'est achevée jeudi à Ouagadougou sur un appel à la communauté internationale pour subventionner l'accès des malades africains aux traitements, notamment aux trithérapies.
Dans les "recommandations" de son rapport final, lu lors de la séance de clôture, la CISMA demande "aux partenaires financiers" de "subventionner l'acquisition des antirétroviraux (ARV) et de soutenir les productions locales des formes génériques" de ces traitements.
Les appels à un accès aux ARV se sont multipliés pendant les cinq jours de la CISMA, alors que l'Afrique subsaharienne compte, selon les chiffres du rapport final, 75% des 40 millions de personnes infectées dans le monde.
Sur ces 30 millions de séropositifs ou malades africains, seuls quelque 30.000 ont actuellement accès aux ARV, dont l'apparition en 1996 a révolutionné la vie et le traitement des malades dans les pays riches, y faisant passer le sida au statut de maladie chronique.
L'envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU pour le sida en Afrique, Stephen Lewis, a apporté un vibrant soutien à l'accès aux soins dans son discours durant la cérémonie de clôture, affichant sa "profonde frustration" face au manque de moyens.
"Nous n'avons pas entendu (lors de la conférence) d'où vient l'argent pour enrayer une nouvelle extension de la pandémie, alors que nous savons tous qu'elle peut être stoppée", a-t-il lancé, en fustigeant les "lamentables 10%" récoltés, sur les cinq milliards de dollars requis chaque année pour lutter contre le sida en Afrique.
Il a encouragé les chefs d'Etat africains à faire entendre leurs revendications en ce sens, mais aussi à faire preuve de leur propre détermination à combattre la pandémie, notamment en augmentant leurs budgets de Santé jusqu'à 15%, comme ils s'y étaient engagés plus tôt cette année lors d'un sommet sur le sida au Nigeria.
Dans les faits, les dirigeants africains n'ont toutefois pas fait preuve d'un grand intérêt pour la conférence de Ouagadougou. Aucun chef d'Etat n'a ainsi fait le déplacement, laissant ce soin à leurs ministres de la Santé - notamment l'Afrique du Sud, un des pays les plus touchés par la pandémie - ou à des délégations de spécialistes.
Les tarifs des ARV ont déjà baissé de manière substantielle - jusqu'à 90% - dans 14 pays, dont 10 d'Afrique subsaharienne, suite à des accords négociés entre les gouvernements et les grandes compagnies pharmaceutiques sous l'égide de l'ONU, mais le prix des traitements reste toutefois prohibitif pour la plupart des individus comme pour les budgets d'Etats très pauvres.
Plusieurs pays (Côte d'Ivoire, Ouganda, Sénégal) ont mis en place des programmes d'accès subventionné aux ARV, mais ceux-ci ne touchent que quelques milliers de personnes.
Les critiques d'une distribution massive d'ARV en Afrique mettent en garde contre l'absence d'infrastructures sanitaires adéquates, arguant qu'un non respect des critères rigoureux de prise des traitements pourrait conduire à l'apparition de résistances aux médicaments, voire de mutations du virus.
La fourniture de génériques se heurte également aux règles de la propriété intellectuelle, même si certains progrès ont été faits lors de la récente conférence de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC), à Doha.
Concernant la recherche vaccinale, les participants à la CISMA ont souligné les "difficultés en rapport avec la très grande multiplicité et variabilité du patrimoine génétique des virus", ainsi que les problèmes de financement.
La conférence a enfin insisté sur l'impératif de renforcer la prévention, qui reste le seul moyen efficace de freiner la pandémie. Elle a ainsi demandé aux responsables politiques de promouvoir les "stratégies préventives" et de s'attaquer aux discriminations liées au VIH (virus du sida), dont les victimes sont très souvent ostracisées en Afrique.
La XIIIème CSIMA se tiendra en 2003 au Kenya sur le thème de "l'accès aux soins et aux traitements".
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