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Afrique-sida-conférence: Une étude plaide le bon sens économique pour fournir des traitements à l'Afrique

Agence France-Presse - décembre 13, 2001
Stéphane Orjollet
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OUAGADOUGOU, 13 déc (AFP) - L'introduction de traitements anti-rétroviraux (ARV) pour lutter contre la pandémie du sida en Afrique est économiquement pertinente, même si le coût en serait très élevé, selon une étude présentée vendredi à la conférence sur le sida en Afrique (CISMA), qui se tient à Ouagadougou.

Avec 8.000 décès et 9.000 nouvelles contaminations par jour, "l'impact socio-économique est dramatique" sur l'Afrique subsaharienne, selon Yves Souteyrand, économiste qui a travaillé pour l'Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS) française.

L'espérance de vie a chuté en moyenne de 15 ans, la croissance a perdu de 0,5 à 1,2% selon les pays --les tranches d'âges les plus productives étant les plus touchées-- tandis que 7 millions de travailleurs agricoles sont déjà morts sur le continent, faisant, selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), planer le spectre de la famine.

En Côte d'Ivoire, les familles comptant un malade ont vu leurs dépenses de santé multipliées par quatre et leurs dépenses courantes divisées par deux, dont une baisse de 40% à 50% du budget nourriture, selon Yves Souteyrand.

La pandémie menace donc tout simplement le développement des pays africains, ce qui pourrait les rendre encore plus dépendants de l'aide internationale, voire conduire à des destabilisations politiques.

Mais alors que les traitements ARV ont révolutionné la vie des malades dans les pays du nord, seules 30.000 des 28 millions de personnes infectées en Afrique en bénéficient. A titre de comparaison, 65.000 personnes sont traitées au ARV en France, pour environ 110.000 séropositifs.

Selon le chercheur français, "les obstacles à la diffusion des ARV en Afrique sont bien réels, mais pas insurmontables".

Premier et principal problème: le prix. Mettre un million de personnes supplémentaire sous traitement ARV coûterait 1,2 milliard de dollars par an.

Mais selon le chercheur, les tarifs, qui ont déjà enregistré dans une dizaine de pays africains des baisses "inconcevables il y a deux ans" suite à des accords avec les grandes firmes pharmaceutiques, peuvent chuter encore.

Le marché des ARV est en effet "oligopolistique", avec sept firmes fabriquant une quinzaine de produits à peine, et pouvant donc fixer leurs prix. L'étude recommande donc la mise en concurrence, notamment avec les médicaments génériques.

Citant l'exemple du Brésil, le chercheur note que les prix ont chuté de 95% lorsqu'un générique semblable est disponible, de 20% seulement dans le cas contraire.

Quant à l'argument des grandes firmes pharmaceutiques sur la nécessaire prise en compte des énormes coûts de recherche et développement, il estime que "la multiplication des traitements offre par un effet d'échelle une compensation suffisante à la baisse du prix unitaire".

Reste que l'utilisation de génériques se heurte aux règles de la propriété intellectuelle, même si certaines avancées ont été faites lors du récent sommet de l'Organisation mondiale du commerce, qui a toutefois rejeté l'importation de génériques.

Quant au rapport coût/efficacité, le chercheur cite encore l'exemple brésilien, tout en reconnaissant qu'il est "exceptionnel". En 2001, les économies sur les soins aux malades ont été supérieures au coût des ARV, avec 234.000 hospitalisations évitées, soit l'équivalent de 67 millions de dollars.

Selon le chercheur, l'hostilité à l'introduction des ARV sur le continent noir relève donc d'une "mauvaise appréciation des conséquences socio-économiques".

Il en veut pour meilleur exemple le nombre croissant d'entreprises privées qui trouvent leur intérêt, en l'absence de protection sociale, à financer à 100% sur leur fonds propres les traitements de leurs employés séropositifs plutôt que de voir leur main d'oeuvre décimée.

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