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Roumanie-sida: Le début de la vie sexuelle de jeunes séropositifs inquiète Bucarest

Agence France-Presse - décembre 13, 2001
Mihaela Rodina

BUCAREST, 13 déc (AFP) - Quelque 3.000 enfants roumains ayant contracté le VIH à la fin des années 1980 ont commencé leur vie sexuelle, suscitant l'inquiétude des autorités médicales car ils risquent de transmettre involontairement le sida à leurs partenaires, souvent multiples.

"Nombre de ces adolescents ignorent qu'ils sont porteurs du virus VIH. Ils ont 15 ou 16 ans, se sentent bien et font des projets pour l'avenir", a expliqué à l'AFP le dr Maria Georgescu, présidente de l'Association roumaine de lutte anti-sida, ARAS.

"Leurs parents ont préféré ne pas révéler la maladie dont ils souffrent afin de les protéger et d'empêcher qu'ils ne soient marginalisés par une société peu tolérante", a-t-elle souligné.

Selon Mme Georgescu, ces jeunes savent qu'ils ont une "maladie chronique, peut-être une hépatite ou une pneumonie" et qu'ils doivent prendre des médicaments, mais pas qu'ils doivent s'abstenir de contacts sexuels non-protégés.

Dans un pays où deux adultes sur trois n'utilisent pas le préservatif et pensent que le sida n'a rien à voir avec leur propre comportement sexuel, "le risque de contamination par les jeunes séropositifs qui en sont à leurs premières expériences sexuelles, est très grand", confirme le dr Adrian Streinu-Cercel, responsable du programme gouvernemental de lutte contre le sida.

La situation est encore plus compliquée lorsqu'il s'agit d'enfants de la rue qui échappent à tout contrôle médical et représentent la catégorie la plus vulnérable aux maladies sexuellement transmissibles, dont le sida.

Environ 2.500 mineurs vivent dans les stations de métro ou les égoûts de Bucarest. Proie facile pour les pédophiles et les proxenètes, ils proposent souvent leurs services en échange d'un peu de nourriture ou d'une nuit passée dans une pièce chauffée. Ces enfants qui ont commencé très jeunes à inhaler de la colle pour oublier la faim, sont de plus en plus nombreux à se droguer à l'héroïne, ce qui accroît encore le risque de contracter le VIH.

"Très peu d'entre eux ont pu être testés contre le sida", déplore le dr Streinu-Cercel.

Afin de limiter la propagation de la maladie par voie sexuelle, les autorités ont créé des équipes de psychologues qui informent les jeunes porteurs du HIV de leur diagnostic et des risques encourus par leurs partenaires.

"Pour une partie de ces adolescents, apprendre qu'il sont séropositifs est un énorme choc. Beaucoup en veulent à leurs parents de leur avoir caché la vérité", souligne le docteur.

La plupart de ces jeunes ont contracté le virus VIH sous le régime communiste, à la suite d'une transfusion avec du sang non testé ou d'une injection avec une seringue non stérilisée, qui était la règle à une époque où le sida était présenté comme une maladie ne concernant que "l'Occident dépravé". Passée sous silence par les autorités communistes, la maladie a été propagée involontairement par les médecins, jusqu'à l'introduction, en 1990, de l'obligation de tester le sang et d'utiliser des seringues jetables. A ce jour, 5.629 cas de sida ont été dépistés parmi des enfants âgés de moins de 14 ans, ce qui représente plus de la moitié du nombre total de mineurs atteints de cette maladie en Europe. Quelque 2.200 d'entre-eux sont déjà morts.

"Nous continuons encore à dépister des malades du sida parmi des adolescents nés entre 1986 et 1990", indique M. Streinu-Cercel. Mais, souligne-t-il, "c'est le nombre croissant d'adultes contaminés par voie sexuelle - soit quelque 250 nouveaux cas par an - qui est le plus inquiétant aujourd'hui".

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