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AfSud-société-viol: N., cinq mois, et une vie pour se remettre d'un viol

Agence France-Presse - décembre 13, 2001
Jan Hennop

JOHANNESBURG, 13 déc (AFP) - N. a cinq mois, sourit quand on lui prend la main mais se met à pleurer dès que trop de gens l'entourent, dans sa chambre de l'Hôpital général de Johannesburg. Fragile, elle se remet à peine d'un viol.

Le bébé a subi une opération pour réparer ses organes génitaux endommagés. Il lui faudra des mois pour récupérer physiquement, expliquent les infirmières. Psychologiquement, peut-être toute une vie.

En attendant le résultat d'un test de dépistage HIV, une clinique privée lui a fourni, à titre préventif, un cocktail quotidien de médicaments ani-rétroviraux. Car les hôpitaux publics, comme le "Joburg General", ne peuvent le fournir eux-mêmes.

N., dont le prénom en xhosa signifie "amour", a été violée le 1er décembre dans un squat du centre de Johannesburg, où sa mère l'avait laissée seule quelques instants, le temps d'aller s'acheter de l'alcool. Deux hommes de 21 et 24, arrêtés le lendemain, devraient être inculpés la semaine prochaine dans le cadre de ce viol.

"C'est la première fois qu'on reçoit un bébé si petit", se désole Bongie Khumalo, infirmière depuis 10 ans à l'hôpital. "Habituellement les enfants victimes de viol que l'on accueille ont plutôt entre sept et 12 ans. On reçoit un nouveau cas tous les deux-trois mois".

La douce Bongie parle avec la voix de la colère, celle de millions de Sud-Africains choqués et incrédules face au nombre de viols dans le pays. Plus de 20.000 officiellement recensés chaque année, dont 41% sur des mineurs, 15% sur des enfants de moins de 11 ans. Et pour ces cas-là, un taux de condamnation d'à peine 9%, selon la police.

"Je pense que la peine de mort (abolie après l'apartheid, NDLR) doit être rétablie, parce que ces hommes font ce qu'ils veulent", lance l'infirmière.

A quelques minutes du "Joburg General", un centre de soins et d'accueil pour jeunes victimes de crimes sexuels situé à Joubert Park, un quartier délabré du centre-ville, dit recevoir, lui, entre 400 et 500 enfants par an.

La médiatisation récente de ces cas --rien ne confirme à ce jour une réelle augmentation du phénomème-- amène chacun dans le pays à s'interroger, à tenter de comprendre. Avec une multitude de pistes, mais aucune pleinement satisfaisante à elle seule.

Nobs Mwanda, médecin d'une ONG pour l'enfance dans la township de Soweto (sud-ouest de Johannesburg) croit en des causes multiples, qui incluent le mythe, présent dans certaines communautés, que l'acte sexuel avec un enfant ou une vierge peut guérir du sida.

Elles tiennent aussi, pour Mwanda, à une "frustration d'impuissance" dont souffrent nombre de mâles sud-africains, particulièrement des Noirs démunis, face au chômage et à leur incapacité à faire vivre les leurs.

"Nous connaissions les townships foyers de violences politiques dans le passé. Depuis la fin de l'apartheid (1994), cette violence s'est retournée contre le segment le plus vulnérable de notre société: femmes et enfants".

Plus encore que l'incompréhension, c'est la colère qui domine. En visite à Joubert Park, le président de l'Association du corps médical sud-africain s'emporte contre l'Etat. "On se sentait plus en sécurité que maintenant sous les gouvernements précédents. Clairement, on ne fait pas assez pour protéger nos femmes et nos enfants", lance Kgosi Letlape.

Dans les townships où l'on lynche des "suspects" de viol, ou dans la rue, c'est aussi la colère qui parle.

Aux portes du Joburg General, une soixantaine de personnes manifestaient mercredi contre les viols d'enfants. Deux cents autres, lundi, avaient protesté au tribunal où comparaissaient les deux suspects. Au Cap mercredi, plusieurs centaines ont défilé pour exprimer leur colère, après la découverte lundi à Kraaifontein (nord de la ville) du corps d'une fillette de neuf ans, vraisemblablement violée elle aussi.

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