OUAGADOUGOU, 11 déc (AFP) - "Du gaspillage!". Alain, jeune burkinabè de 35 ans, atteint du sida, ne nourrit aucun espoir dans l'organisation par son pays de la Conférence internationale sur le Sida et les MST en Afrique (CISMA) ouverte dimanche à Ouagadougou et censée faciliter l'accès aux médicaments pour les malades.
Le visage émacié, les yeux enfoncés dans les orbites, le regard perdu, le corps famélique, Alain ne fait pas de difficulté à recevoir un journaliste dans un centre d'accueil pour crier son ras-le-bol.
"Cette rencontre est un gaspillage d'argent qui pourrait servir à offrir des médicaments aux malades africains", dit-il de sa voix à peine audible.
Assis sur une chaise dans la cour du Centre d'accueil Notre-Dame de Fatima, entouré de quelques "amis séropositifs", il réclame avec les autres malades des traitements anti-retroviraux (ARV).
Situé à la périphérie est de la ville de Ouagadougou, le Centre Notre Dame de Fatima, géré par des pères catholiques camilliens, est actuellement la seule structure du Burkina qui reçoive des malades du sida en phase terminale.
Ouvert en février dernier, il dispose d'une capacité de 30 lits. Actuellement une cinquantaine de malades s'y sont installés.
"Les malades nous arrivent dans une situation désespérée", explique le père Eloi Castaldo, responsable du centre.
"Ici nous leur donnons à manger et les soignons pour les maladies opportunistes, le tout gratuitement", poursuit le religieux, dont la pharmacie reste toutefois vide des anti-rétroviraux qui peuvent améliorer sensiblement la durée de vie des malades.
Accompagnés de leurs familles, les malades trouvent à Fatima un cadre et une force pour continuer la lutte contre la maladie, dans un lieu qui réussit à ne pas être un simple mouroir.
Mais depuis son admission en octobre dernier, Alain attend désespérement ces ARV qu'il ne peut s'offrir.
"Je ne travaille plus depuis un an. Je gagnais 60.000 FCFA (600 FF, 91 euros) par mois, l'équivalent du coût actuel des médicaments" pour une trithérapie, depuis l'accord conclu en juin dernier avec les grandes firmes pharmaceutiques occidentales sur la réduction du coût des médicaments anti-sida.
Le Burkina faso est le deuxième pays le plus atteint par le sida en Afrique de l'ouest, après la Côte d'Ivoire, avec un taux de prévalence de 7,17%, soit quelque 500.000 séropositifs.
Selon la Centrale d'achat des médicaments essentiel génériques (Cameg), la réduction significative du coût des ARV intervenue en juin 2001 a doublé le nombre de malades utilisant les ARV. De 135 en 1999, ils sont 297 actuellement...
Le pays reste l'un des plus pauvre de la planète, et 46% de la population vit en dessus du seuil de pauvreté.
Les pères camilliens, qui ont ouvert leur centre dans la "discrétion et sur investissement privé", déplorent la multiplication de structures administratives "budgétivores", au détriment de l'intérêt porté aux malades.
"Il faut les médicaments pour tout le monde sans discrimination", lance le père Castaldo.
"Il faut que l'argent aille vers les malades et non dans des structures budgétivores qui s'enrichissent au nom du Sida"...
En attendant, les pères ont commencé la construction d'un deuxième centre et pensent lancer dans les pays riches du Nord un projet de "parrainage" de malades au Burkina, dont les frais de traitement seraient ainsi pris en charge.
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