OUAGADOUGOU, 10 déc (AFP) - L'accès aux traitements, notamment aux trithérapies, a dominé les premiers débats lundi à la XIIème Conférence Internationale sur le sida et les maladies sexuellement transmissibles en Afrique (CISMA/ICASA) qui se tient à Ouagadougou.
"L'accès aux ARV (anti-étroviraux) est peut-être une utopie, mais c'est une utopie nécessaire", a lancé le docteur Aliou Sylla, du Mali.
"Ne commençons pas une bataille idéologique. Les ARV sont un élément de la compétence contre le sida, militons pour la gratuité de cet élément", a-t-il déclaré sous les applaudissements des délégués, soulignant le "droit" des populations aux traitements.
Cette question de l'accès aux soins s'annonce clairement comme une dominante de la CISMA, alors que l'arrivée des trithérapies (association de trois médicaments) en 1996 a révolutionné la vie et le traitement des malades, du moins dans les pays riches.
Selon les chiffres de l'ONUSIDA, l'agence spécialisé de l'ONU, sur 33 millions de séro-positifs dans le monde, 70% vivent en Afrique subsaharienne.
Le continent, avec 2,3 millions de morts cette année, compte 76% des 3 millions de décès imputables au sida dans le monde, et en l'absence de traitement adéquat, la plupart des 28,1 millions d'Africains qui vivent avec le virus du sida (VIH) ne survivront pas à la décennie, selon l'ONUSIDA.
Or, seules quelque 30.000 personnes en Afrique bénéficient de trithérapies, toujours selon les estimations de l'ONUSIDA.
Car malgré la signature par plusieurs pays africains d'accords avec les grandes firmes pharmaceutiques sur la fourniture de médicaments, notamment d'antirétroviraux (ARV), avec jusqu'à 90% de rabais sur les prix, l'accès aux traitements reste en Afrique très limité et les traitements encore trop chers pour la grande majorité des populations.
D'autres pays ont envisagé l'importation de médicaments génériques pour réduire les coûts, et ont estimé encourageants les premiers résultats obtenus en ce sens à la récente réunion de l'Organisation Mondiale du Commerce.
Parmi les autres pistes permettant d'élargir l'accès aux traitements, l'implication des entreprises a notamment été évoquée.
Une militante camerounaise, Marie Mendel, a présenté une expérience en ce sens à la Compagnie nationale d'électricité du Cameroun, où les employés "se sont appropriés la lutte pour l'accès aux traitements" et où la trithérapie est proposée à titre gratuit depuis 1999.
Après une première demande d'un employé, la direction a réalisé une étude révélant une soixantaine de cas sur 4.400 employés, un chiffre sans doute sous-évalué, le taux de séro-prévalence au Cameroun étant d'environ 11%.
Toutefois, Mme Mendel, elle-même séropositive, a souligné que le programme restait dans les faits "officieux" et pouvait donc être remis en cause. La société ayant été récemment privatisée, la nouvelle direction américaine s'est cependant engagée à maintenir cet accès aux trithérapies.
Reste que ce programme n'a pas rencontré tout son public potentiel, notamment en raison des craintes de stigmatisation, toujours très fortes en Afrique en ce qui concerne le sida.
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