OUAGADOUGOU, 11 déc (AFP) - Deux nouvelles études scientifiques sont venues conforter mardi les partisans de la fourniture de traitements antirétroviraux (ARV) pour combattre le sida en Afrique, démontrant selon leurs promoteurs "l'efficacité" et la "faisabilité" des trithérapies sur le continent.
Ces études, menées par l'Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS) française avec les programmes d'accès aux ARV en Côte d'Ivoire et au Sénégal, montrent une progression spectaculaire du pronostic vital pour les malades traités aux ARV, mais aussi le respect des traitements, la possibilité de simplifier leur administration et l'absence de résistance du virus.
"Nous ne sommes pas surpris de ces résultats, mais nous avons besoin de montrer que c'est faisable, que c'est efficace dans le contexte de programmes nationaux", a déclaré Michel Kazatchkine, de l'ANRS, en présentant ces études à l'occasion de la XIIème Conférence Internationale sur le sida et les maladies sexuellement transmissibles en Afrique (CISMA/ICASA).
"On nous dit que ce n'est pas faisable, pas toléré, pas efficace, qu'il n'y a pas les infrastructures. Nous démontrons en 18 mois que non. Bien sûr il n'y a pas les infrastructures pour 35 millions de personnes, mais il y en a pour commencer", a-t-il souligné.
L'Afrique subsaharienne compte 70% des 33 millions de séropositifs comptablisés dans le monde par l'ONUSIDA, l'agence spécialisée des Nations Unies.
Or, seules quelque 30.000 personnes sur le continent bénéficient de trithérapies, toujours selon les estimations de l'ONUSIDA, alors que les antirétroviraux, apparus en 1996, ont révolutionné le traitement du sida dans les pays riches, faisant passer le virus en quelques mois à des niveaux souvent indétectables chez les personnes contaminées.
En dépit d'accords signés ces derniers mois entre dix pays africains et des grandes firmes pharmaceutiques pour obtenir jusqu'à 90% de rabais sur les traitements anti-sida, leur coût reste souvent prohibitif pour les populations ou les budgets d'Etats pauvres ayant à faire face à des centaines de milliers de personnes contaminées.
Les accords ont été conclus dans le cadre d'un projet des Nations unies "accès accéléré", pour lequel 72 pays au total ont exprimé leur intérêt, selon Tomris Turmen, responsable du VIH-sida à l'Organisation mondiale de la santé. Mais "le principal défi reste de fournir un large soutien, y compris des ARV, au plus grand nombre", reconnaît le docteur Turmen.
Les adversaires de la distribution rapide et massive d'ARV, outre les arguments économiques, arguent également de risques scientifiques, notamment de mutations du virus si les modes de prise des traitemments ne sont pas parfaitement respectés.
Mais les résultats présentés par l'ANRS sont spectaculaires. En Côte d'Ivoire, les 86 personnes séropositives sur lesquelles a porté l'étude ont à 92% survécut un an, contre 71% pour des patients dans un état similaire ne bénéficiant pas de traitement aux ARV.
Pour les patients présentant le plus fort déficit immunitaire, le taux de survie à un an a été de 85%, contre 40% seulement sans traitement.
"En Côte d'Ivoire, environ 1.500 personnes bénéficient d'ARV, alors qu'on estime que 800.000 en auraient besoin, sur un million de séropositifs", souligne le docteur Catherine Seyler de l'ANRS.
Au Sénégal, les essais ont démontré une faible résistance virale aux traitements (deux cas sur 58), tandis que l'administration de traitements simplifiés, en une prise unique quotidienne, a donné des résultats "équivalents voire supérieurs à ceux d'une trithérapie conventionnelle", souligne de son côté le docteur Roland Landman de l'ANRS.
La cause de l'accès aux ARV, qui domine largement la CISMA, a également reçu mardi l'appui de la représentante de la Banque mondiale pour la maladie en Afrique.
"Les Africains ne devraient jamais être exclus de l'accès à ces thérapies (...) L'Afrique ne peut attendre que les infrastructures (socio-médicales) idéales existent. La construction des infrastructures et l'accès aux ARV peuvent aller de pair", a lancé le docteur Debrewerk Zendwie.
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