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Afrique-sida-conférence: Sida en Afrique: les femmes en première ligne, les hommes au banc des accusés

Agence France-Presse - décembre 13, 2001
Stephane Orjollet
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OUAGADOUGOU, 13 déc (AFP) - Représentant 55% des séropositifs en Afrique, les femmes, maintenues dans une dépendance sociale, économique et sexuelle, sont en première ligne de la pandémie du sida... notamment à cause de l'irresponsabilité des hommes, selon des chercheurs et militantes des droits des femmes à la conférence sur le sida en Afrique.

"Les Africaines sont victimes d'une soumission multiple aux hommes", dénonce Marie-Louise Ndala Musuamba, présidente de la Cour d'appel de Kinshasa et responsable du réseau africain Droit, éthique et VIH.

Le plus souvent limitées à "une fonction économique et de reproduction", analphabètes, pauvres, dépendantes de leurs hommes, victimes de législations sur la famille qui leur dénient de nombreux droits, les femmes africaines cumulent les vulnérabilités.

Résultat, entre "un statut social où l'acte sexuel est perçu essentiellement comme devant satisfaire l'homme" et le tabou pesant sur tout discours ouvert sur la sexualité, "les femmes ont un problème pour demander une protection, même en cas de comportement à risque du partenaire".

Pire, la femme est même souvent considérée à tort comme vecteur de transmission de la maladie, le dépistage étant encore peu pratiqué en Afrique, sauf lors des consultations prénatales.

Pourtant, les militantes d'ONG féminines et de lutte contre le sida sur le continent sont unanimes. C'est bien le comportement des hommes qui pose problème, avec des partenaires multiples et un refus encore majoritaire du préservatif.

Or "les jeunes femmes sont biologiquement plus vulnérables que les jeunes hommes à l'infection", avec de deux à quatre fois plus de probabilités qu'un homme d'attraper le virus en cas de rapport non protégé avec un partenaire contaminé, relève Karusa Kiragu, chercheur à l'ONG Population Council, basée à Nairobi, au Kenya.

"Dans notre culture, c'est accepté que les hommes fassent ce qu'ils veulent. Alors nous voyons des femmes ordinaires confrontées à l'infection. Notre principale préoccupation ce sont les femmes mariées dont le mari est infidèle et rapporte le virus", s'emporte Alice Lamptey, président de la section ghanéenne de l'Association des femmes africaines contre le sida (SWAA).

"La plupart des hommes ne veulent pas utiliser de préservatif et quand on parle de rapport sexuel, au Ghana les femmes n'ont pas de pouvoir de négociation", poursuit-elle.

Résultat, on compte 63% de femmes parmi les séropositifs dans ce pays d'Afrique de l'ouest. En Europe ou en Amérique du nord, les taux varient entre 10% et 20%...

La SWAA milite donc pour la promotion du préservatif féminin, seul à même selon l'association d'offrir aux femmes un choix totalement autonome.

Le Ghana en est même devenu le premier consommateur mondial, avec deux millions d'unités en 2000, grâce notamment à des subventions du gouvernement et de l'ONU qui ont permis de faire passer le prix au détail de un dollar à cinq cents.

Pour lutter efficacement contre la pandémie, "il faut faire des progrès vers le changement de comportement des hommes, en tant que maris, pères ou membres de leur communauté", martèle Marie-Louise Ndala Musuamba.

Les militantes ont reçu à la conférence de Ouagadougou le soutien tonitruant de l'ancien président ghanéen Jerry Rawlings, une personnalité de l'ONU dans la lutte contre le sida, qui a fustigé du haut de la tribune le comportement de ses frères africains.

"Vous sortez vous amuser, puis vous rentrez à la maison et propagez la maladie! Si les femmes nous faisaient le dixième de ce que leur font les hommes, les hommes mouraient d'attaques cardiaques. Eh oui!", a-t-il dit

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