OUAGADOUGOU, 6 déc (AFP) - La bataille de l'Afrique pour l'accès aux médicaments anti-sida sera au centre de la XIIème Conférence Internationale sur le sida et les maladies sexuellement transmissibles en Afrique (CISMA/ICASA) à Ouagadougou, au Burkina Faso, du 9 au 13 décembre.
L'enjeu est à la mesure de l'hécatombe : en l'absence de traitement adéquat, la plupart des 28,1 millions d'Africains qui vivent avec le virus du sida (VIH), ne survivront pas à la décennie, selon l'ONUSIDA, Programme des Nations Unies pour le VIH/SIDA.
L'Afrique, avec 2,3 millions de morts cette année, compte 76% des 3 millions de décès imputables au sida dans le monde.
En Afrique du Sud, l'ancien archevêque du Cap Desmond Tutu et l'ex-président Nelson Mandela ont joint leur voix aux appels pour la fourniture généralisée d'anti-rétroviraux (antiviraux dirigés contre le VIH).
Le Nigeria a décidé d'importer des médicaments génériques à bas prix pour les sidéens, et aussi pour enrayer la transmission du virus de la mère à l'enfant.
La fourniture de Nivapirine, afin de limiter cette transmission, est au coeur d'un procès intenté au gouvernement sud-africain par une ONG d'aide aux malades, Treatment Action Campaign (TAC). Plusieurs milliers de nouveau-nés en Afrique sub-saharienne pourraient être sauvés chaque année, souligne l'ONG
Autre signe d'un changement, de grandes compagnies comme DaimlerChrysler ou DeBeers en Afrique du Sud, l'AngloAmerican au Bostswana, s'engagent à traiter leurs employés voire leur famille.
Dans les pays riches, l'arrivée des trithérapies (association de trois médicaments anti-sida) en 1996 a révolutionné la vie et le traitement des malades, faisant passer le syndrome de l'immunodéficience acquise au rang des maladies chroniques. Avant, se souvient un spécialiste français, le Pr Jean-François Delfraissy, 62 % des malades mourraient chaque année. Depuis, ces cocktails médicamenteux ont permis de réduire la mortalité de façon spectaculaire.
Les traitements n'éradiquent pas le virus, mais le ramène à des niveaux quasiment indétectables dans le sang.
Réunie sur le thème "les communautés s'engagent", pour rappeler que l'implication de tous, malades, soignants et politiques est nécessaire, la conférence permettra d'évoquer les recherches pour améliorer mais aussi alléger les traitements, en modifiant les stratégies thérapeutiques.
Des traitements anti-VIH entrecoupés d'interruptions momentanées sont expérimentés. Objectif : réduire leur toxicité et leur coût, tout en améliorant la qualité de vie des patients. Une étude américaine montre que l'alternance d'une semaine d'un puissant traitement (lamivudine, indinavir, ritonavir) et d'une semaine sans, n'entraîne pas une reprise de la multiplication du virus dans le sang ou les ganglions, et s'accompagne d'une baisse des teneurs en graisses du sang (cholestérol...). Ces résultats, à confirmer à plus large échelle, montrent que l'idée est valable, selon les spécialistes.
Même simplifiés (moins de comprimés à avaler), les traitements restent contraignants et génèrent des effets secondaires importants, avec la crainte que les antirétroviraux n'exposent à un risque d'infarctus élevé. Ils peuvent occasionner une modification visible de la répartition des graisses du corps, appelée lipodystrophies, qui laissent les médecins démunis.
Parmi les personnalités attendues à Ouagadougou figurent l'ancien président américain Bill Clinton, le Premier ministre belge Guy Verhofstadt, représentant l'Union européenne, ainsi que des ministres de la Santé africains et français et des chefs d'Etats comme Olusegun Obasanjo (Nigeria).
Autres défis abordés à la conférence, la prévention, les maladies opportunistes (tuberculose) et la prise en charge des 12 millions d'enfants africains orphelins du sida.
Enfin, le vaccin, même à une échéance éloignée, reste un axe prioritaire de la recherche, puisque quelque 15.000 nouvelles contaminations ont lieu chaque jour.
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