NAIROBI, 4 déc (AFP) - Les uns après les autres, hommes, femmes et enfants se lèvent pour parler de leur expérience du sida aux fidèles du Centre du Pouvoir de Dieu, une église en tôle dans le quartier de Ruaraka, à Nairobi.
Les uns après les autres, ils répondent aux questions du révérend John K. Nduati, qui parfois lève ses mains au ciel et les proclame guéris. Tout simplement.
Sur le mur de l'église, sont proclamés ces mots : "Ayez foi ! Dieu peut arrêter la mort !".
"Combien d'entre vous sont séropositifs aujourd'hui", lance aux quelque trois cents fidèles présents vendredi le révérend Nduati, vêtu d'un costume gris impeccable, le crane rasé et portant des bijoux dorés au poignet et au doigt.
Une douzaine de personnes se lèvent. Enthousiasme de l'assistance, chauffée pendant plusieurs heures par l'un des assistants du révérend.
2,2 millions de Kenyans sont porteurs du virus du sida et rares sont ceux qui peuvent se permettre d'acheter, pour environ cinq dollars par jour, les médicaments anti-rétroviraux permettant de retarder le déclenchement de la maladie.
"Pourquoi êtes-vous ici ? D'où venez-vous ?" demande le prédicateur.
"Ma femme est à l'hôpital, malade du sida. Elle ne peut même plus parler. Je crois que Dieu va la sauver. Je suis venu ici parce que je crois qu'elle va être guérie", lance un homme.
"Je suis ici parce que j'ai le sida. Je suis venu pour être guéri", déclare un autre.
"Comment l'avez-vous attrapé?" aboie le prédicateur. "Dans une enveloppe, comme la maladie du charbon ?".
"Non, répond l'homme. J'ai couché avec des femmes à Nyeri, Naivasha et Thika".
"Aujourd'hui vous êtes guéri", annonce le révérend Nduati à l'un des douze, applaudi par l'assistance.
Soufflant le chaud et le froid en bon homme de spectacle, il réprimande ensuite un homme qui reconnaît s'être remarié après avoir perdu sa première femme du sida, tout en sachant qu'il était porteur du virus.
"Ma seconde femme ne le sait pas. Elle est à la maison avec les enfants. Je ne voulais pas qu'elle sache que je venais ici", confesse-t-il.
"Ces gens sont ignorants", crie le révérend. "Et l'ignorance n'est pas une excuse. Rentrez chez vous et revenez avec toute votre famille si vous voulez être guéri".
De telles cérémonies se déroulent presque quotidiennement et face à l'affluence, le révérend Nduati fait construire une nouvelle église, bien plus grande, en métal, en briques et en verre.
"La plupart des matériaux sont des dons", explique-t-il à l'AFP. "Les gens donnent librement. Nous acceptons toutes les donations", poursuit-il.
Au début, quand il a commencé à "guérir" des séropositifs, les médecins s'opposaient à lui, reconnait-il. "Mais maintenant, ils m'envoient des patients", affirme-t-il.
Pour l'avenir, le révérend voit grand. "Je veux étendre mon activité au niveau international. J'ai des branches en Afrique du sud et au Swaziland et maintenant, je m'intéresse aux Etats-Unis".
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