KINSHASA, 4 dec (AFP) - En République démocratique du Congo (RDC), ravagée depuis 1998 par une guerre qui a fait 2 millions de morts, le sida a tué au moins autant, propagé par deux catégories à haut risque: les hommes en uniforme et ceux qui ont de l'argent.
Les hommes d'argent, ont été les premiers vecteurs du virus, bien avant que l'on en connaisse les mortelles conséquences. Et ils le restent.
En effet, pour les Congolais qui vivent avec moins d'un dollar (8 FF) par jour et par habitant celui qui posséde les précieux billets bleus ou verts - Francs congolais ou dollar - a tous les droits.
Chez les femmes, culturellement, l'argent est un argument déterminant, déplore le Dr François Lepira, directeur du Programme national de lutte contre le sida (PNLS).
En "cité" - dans le grand Kinshasa où vivent entre 4 et 6 millions de personnes - tout le monde chantonne, sur un air de danse, "mbongo na maboko, matako na mbeto" ("l'argent dans la main, les fesses au lit") en lingala, la langue parlée dans l'ouest de la RDC, et personne ne s'en offusque, surtout pas les femmes, a expliqué le médecin à l'AFP.
Au moins les acteurs de cet "arrangement" sont-ils des adultes.
Mais les vrais nantis préfèrent les très jeunes filles.
"On peut les voir, stationnés devant les écoles dans de belles Mercédes d'où sort une musique attractive", explique encore le Dr Lepira.
Devant plusieurs établissement scolaires de Kinshasa, dont une école primaire du centre ville, l'AFP a dénombré pas moins de six voitures cossues, certaines aux vitres fumées, auprès desquelles de toutes jeunes filles en uniformes bleu et blanc étaient en grande conversation, ponctuée de rires, avec leurs occupants.
Selon une enquête récente du PNLS, seuls 66% des jeunes filles, de 8 à 24 ans, qui ont plusieurs partenaires sexuels, n'utilisent que très occasionnellement un préservatif. En général elles s'en remettent aux hommes qui, selon la conviction populaire, "font la différence", "doivent décider", et s"'ils sont forts sont protégés".
Les hommes en uniforme, ce sont les différents protagonistes de la guerre : Rwandais, Ougandais, alliés des mouvements rebelles du mouvement de liberation du Congo (MLC) et du rassemblement congolais pour la démocratie (RCD).
Dans les provinces où ils ont mené campagne, pratiquant le viol systématique des villageoises, le taux de prévalence a bondi de 5 à 20%. Une situation aggravée par l'isolement, le manque d'accès aux soins et à l'information.
Mais le plus paradoxal c'est l'impact sur la situation sanitaire des observateurs militaires de la mission des Nations unies en RDC, la MONUC.
Venus d'une dizaine de pays, pour veiller à l'application du cessez-le-feu des accords de Lusaka (juillet-août 1999) et tout à la fois hommes en uniforme et nantis de leurs dollars, ils bouleversent les moeurs dans des provinces jusqu'alors épargnées où ils sont stationnés.
Ainsi à Mbuji-Mayi, la capitale du Kasaï oriental (centre est), les médecins ont baptisé "phénomène Rabat" la présence du contingent marocain qui draine vers la ville les jeunes filles de toute la région.
Et les médecins pointent déjà avec inquiétude Kindu, la capitale du Maniema. Dans cette ville construite sur une rive du fleuve Congo, totalement coupée du monde depuis 3 ans, la MONUC va installer au cours des six prochains mois, une base logistique et plus de 2.000 hommes.
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