ADDIS ABEBA, 3 déc (AFP) - La crainte du sida, qui affecte en Ethiopie plus de 3 millions de personnes, a provoqué une hausse importante du nombre de mariages à Addis Abeba, dont la municipalité encourage, pour la première fois, les futurs époux à passer un test prénuptial.
Selon les services de la métropole, 6.160 couples se sont mariés civilement entre juillet 2000 et juillet 2001, soit 877 unions de plus que lors de la saison 1999-2000.
La peur de contracter le virus est une des "raisons majeures" pour expliquer cette montée en puissance des célébrations maritales, selon le gouvernement.
"Entre l'infection et la contraction de la maladie, des années peuvent passer sans savoir qu'on est porteur du virus alors pourquoi prendre ce risque et le transmettre", s'interroge Fekadu, la trentaine, récemment marié après avoir effectué le test en compagnie de sa conjointe.
Selon le document de plan d'action et de stratégie nationale anti-sida de juin 2001, l'Ethiopie présente le 16ème taux de prévalence le plus élevé au monde et occupe le 3ème rang mondial pour les personnes vivant avec le virus du VIH.
Or, insiste le Conseil national du sida, mis en place en avril 2000, "les causes directes de la progression rapide de cette épidémie dans ce pays sont les relations non protégées et la haute fréquence des partenaires occasionnels".
Le mariage précédé du test de dépistage ainsi que la fidélité dans les relations sexuelles auraient pour effet - parallèlement à l'utilisation de préservatifs - de diminuer le risque de transmission, estiment les spécialistes de la santé en Ethiopie.
En conséquence, le président fédéral Girma Wolde-Giorgis a appelé vendredi tous les Ethiopiens à changer de comportement pour contrer la propagation du sida dans le pays et "sauver la prochaine génération".
Un appel d'autant plus pressant que ce fléau est devenu ici la "première cause de mortalité" pour la tranche d'âge 20-49 ans, autrement dit les "forces vives" du pays.
Le patriarche de l'Eglise orthodoxe d'Ethiopie (EOC), l'abouna Paulos, avait averti il y a six mois, en évoquant le sida, que son église était le témoin d'un nombre quotidien sans cesse croissant d'obsèques jamais atteint dans l'histoire du pays.
Pourtant, l'alerte anti-sida déclenchée en 1998 par les autorités nationales comporte un volet "ouverture de centres de dépistage volontaire" et le nouveau président éthiopien parle de "progrès" enregistrés dans la volonté du public d'entreprendre ce test.
Toutefois, la grande majorité des Ethiopiens y est encore réfractaire en raison notamment du nombre limité de ces centres qui ne parviennent pas à garantir une confidentialité totale mais également à cause des tarifs jugés excessifs.
En outre, il existe pour les Ethiopiens une "autre crainte" que celle de l'infection elle-même, explique le Dr Yohannes Damtew, directeur du journal de pratique médicale en Ethiopie (JEMP): "le rejet de la personne, la stigmatisation de la maladie".
La mise en place, sur tout le territoire éthiopien, de centres de dépistage volontaire, pourrait, selon le Conseil national du sida, "être un point d'ancrage pour la prévention et les soins mais aussi pour contrer cette stigmatisation".
"La pandémie du sida menace la nation d'une calamité jamais observée, même durant la grande famine des années 1980", qui a entraîné officiellement la mort de centaines de milliers d'Ethiopiens, avait averti il y a peu l'ancien président de l'Ethiopie, Negasso Gidada.
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