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Afrique-sida-Cameroun: Des confessions publiques pour sensibiliser sur le sida

Agence France-Presse - décembre 2, 2001
David Ndachi Tagne

YAOUNDE, 2 déc (AFP) - Pauline Moutong a conquis les jours derniers la sympathie du public camerounais en confessant à visage découvert, devant les caméras de télévision, être porteuse du virus du sida depuis une dizaine d'années.

"Je suis veuve aujourd'hui, car mon époux est décédé de cette maladie. Je n'ai eu la vie sauve et je n'ai retrouvé un certain équilibre qu'en passant un test de dépistage dont le résultat est apparu positif", a avoué cette jolie femme d'une quarantaine d'années aux courbes généreuses.

Des témoignages volontaires de ce genre sont une grande première dans la campagne de lutte contre le sida au Cameroun. Jusqu'à présent, la radio et la télévision nationale avaient eu recours à des formes de confessions moins directes, avec des visages voilés et des voix déformées.

Cette forme de communication, ont estimé les autorités comme les observateurs, ne convainquait pas vraiment car elle ne permettait pas suffisamment à tout un chacun de s'identifier au témoin.

Tel n'est plus le cas. "Avec ces témoignages à visage découvert, l'on perçoit finalement que le sida est une réalité et non, comme le déclinent certains plaisantins, +le Syndrome Inventé pour Décourager les Amoureux+", assure un instituteur.

"On a toujours pensé que les porteurs du virus du sida sont déjà très amaigris et au bord de la tombe. En voyant cette dame solide et belle dire qu'elle a le virus, on révise rapidement ses convictions", conclut-il.

Les autorités sanitaires saisissent l'occasion de ces témoignages pour conseiller aux uns et aux autres de se plier eux aussi au test de dépistage. "Si vous n'êtes pas contaminés, l'occasion vous est donnée pour mieux vous protéger. Et si vous êtes séropositif, il y a lieu d'éviter de contaminer les autres ou d'aggraver votre propre contamination", soutient ainsi Urbain Olanguena Awono, ministre de la Santé publique.

Au cours d'une autre soirée spéciale organisée dans une grande salle de spectacle de Yaoundé, l'association Espoir, qui s'est donné pour objectif de soutenir les personnes contaminées, a présenté des sketchs ayant pour trame la façon dont est accepté ou le plus souvent rejeté un porteur du virus lorsque sa séropositivité est connue.

Tous les acteurs étaient des malades du sida qui jouaient sur scène des situations auxquelles ils s'étaient trouvé confrontés dans leur vie quotidienne.

Pour un membre de l'association Espoir qui a requis l'anonymat, "les porteurs du virus ont jusqu'ici eu peur de se présenter comme tels pour éviter d'être rejetés par une société qui considère le sida comme un crime ou un péché".

Chantal Bellet Edimo, qui anime l'ONG SWAA/Panos (Society for Women and Aid's in Afrca) à Douala, estime pourtant qu'"il n'est pas encore sûr que ces témoignages portent". "Car, dit-elle, certains estiment déjà que ceux qui témoignent sont des personnes saines payées pour simuler les malades".

A travers les dix provinces du Cameroun, ce déploiement de témoignages côtoie d'autres actions plus classiques à l'instar des campagnes de dépistage gratuit, de sensibilisation au port du condom, d'émissions radiophoniques, de célébrations religieuses ou d'activités culturelles.

Première cause de mortalité, avec une séroprévalence de 12%, le sida est une préoccupation majeure dans le pays où il fait souvent son lit de l'inconscience et de l'insouciance des populations.

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