GENEVE, 11 sept (AFP) - L'Onusida, l'agence des Nations unies spécialisée sur le sida, réagissant mardi aux propos du président sud-africain Thabo Mbeki qui a tenté de minimiser l'impact du sida dans son pays, note que les statistisques sur lesquelles il s'appuie, sous-estiment le sida comme cause de mortalité.
En outre, poursuit l'Onusida dans un communiqué, ces statistiques datent de 1995 et, depuis six ans, l'impact du sida sur la mortalité des adultes en Afrique du Sud a considérablement augmenté.
Le président sud-africain Thabo Mbeki a relancé la polémique sur le sida en Afrique du Sud en affirmant, dans une lettre adressée à son ministre de la Santé et publiée lundi dans la presse sud-africaine, que cette pandémie est loin d'être une des principales causes des décès en Afrique du Sud et qu'il envisage de réexaminer les dépenses de santé dans ce domaine.
Le chef de l'Etat s'appuie sur des statistiques publiées en 1995 par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui placent le sida au 12e rang parmi les causes de mortalité.
L'Onusida souligne que ces statistiques émanent du gouvernement sud-africain lui-même qui, comme tous les Etats, envoient des rapports de routine à l'OMS.
"Or, ces rapports réguliers sur les causes de mortalité ont toujours tendance à sous-estimer le sida comme cause de mortalité. La raison en est tout simplement que le sida +a plusieurs visages+, ce qui conduit souvent à un diagnostic autre que le sida comme cause de mortalité, comme par exemple la tuberculose", explique l'Onusida.
C'est particulièrement le cas dans les pays aux ressources limitées et mal équipés pour diagnostiquer le sida, ajoute l'Onusida.
Ainsi, dans les statistiques citées par le président Mbeki, qui datent de 1995, le sida a provoqué cette année-là 5.221 décès sur un total de plus de 239.000, alors que la tuberculose en a provoqué 12.360, se plaçant au 5e rang des causes de mortalité, et la pneumonie avec 10.084 cas arrive au 7e rang.
Selon le dernier rapport de l'Onusida publié en juin 2000 sur la pandémie dans le monde, en 1999, 250.000 personnes étaient mortes du sida en Afrique du sud et 4,2 millions étaient malades ou porteuses du virus HIV.
Toutefois, l'Onusida estime qu'en 1995, le sida n'était effectivement pas la principale cause de mortalité en Afrique du Sud. "En nous appuyant sur les excellentes données statistiques de surveillance produites par le gouvernement sud-africain, nous savons que l'explosion du virus HIV s'est produite au début des années 1990", relève l'Onusida.
En tenant compte de la longue période de latence entre l'infection par le virus et la mort, soit en moyenne neuf ans, on pouvait s'attendre à un faible impact en 1995, note l'agence.
S'abstenant de tout ton polémique, elle rappelle qu'elle travaille, ainsi que l'OMS, en étroite coopération avec le Programme national sud-africain sur le sida et les chercheurs en Afrique du Sud pour analyser les dernières tendances et données statistiques sur la mortalité due au sida.
Or, "toutes les informations disponibles confirment que l'impact du sida sur la mortalité des adultes a considérablement augmenté au cours des cinq dernières années", note l'Onusida.
Pour Thabo Mebki, citant les chiffres de 1995, "les derniers disponibles" selon lui, le sida ne représente que 2,2% des causes de décès, en douzième position, loin derrière les "causes externes" (homicides, accidents, suicides) et les maladies cardio-vasculaires.
"Il est inutile de dire que ces chiffres vont provoquer des hurlements de mécontentement et une campagne concertée de propagande parmi ceux qui se sont convaincus eux-mêmes que le VIH/sida est la plus importante cause de décès dans notre pays", écrit encore le président.
Thabo Mbeki avait déjà suscité l'an dernier une vive polémique en soutenant les théories de scientifiques ultra-minoritaires qui contestaient le lien entre le virus VIH et le sida.
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