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Afsud-sida: Thabo Mbeki relance la polémique sur le sida

Agence France-Presse - septembre 10, 2001

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JOHANNESBURG, 10 sept (AFP) - Le président sud-africain Thabo Mbeki a relancé la polémique sur le sida en Afrique du Sud en affirmant, dans une lettre publiée lundi dans la presse, que cette pandémie est loin d'être une des causes principales des décès en Afrique du Sud.

Dans ce document en date du 6 août, adressé à la ministre sud-africaine de la Santé, Manto Tshabalala-Msimang et publié par le quotidien Business Day, Thabo Mbeki s'appuie sur des statistiques publiées en 1995 par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour envisager un réexamen des dépenses de l'Etat dans ce domaine.

D'après les chiffres officiels publiées fin 2000, l'Afrique du Sud est le pays qui compte le plus grand nombre de séropositifs au monde, avec 4,7 millions de personnes infectées, soit une personne sur neuf.

Mais selon les chiffres de l'OMS, "les derniers disponibles" selon le président sud-africain, le sida ne compte que pour 2,2% des causes de décès, en douzième position, loin derrière les "causes externes" (homicides, accidents, suicides) et les maladies cardio-vasculaires.

"Il est inutile de dire que ces chiffres vont provoquer des hurlements de mécontentement et une campagne concertée de propagande parmi ceux qui se sont convaincus eux-mêmes que le VIH/sida est la plus importante cause de décès dans notre pays", écrit le président.

"Quelle que soit l'intensité de la propagande hostile qui pourrait être provoquée par les statistiques de l'OMS, nous ne pouvons permettre que la politique et les programmes d'action de notre gouvernement soient basées sur de fausses impressions, aussi répandues et bien établies qu'elles semblent être".

Le porte-parole présidentiel, Bheki Khumalo, a confirmé à Business Day l'authenticité de la lettre.

Pour la principale ONG sud-africaine de défense des malades du sida, la Treatment Action Campaign (TAC), la prise de position du président Mbeki constitue "une tragédie".

Le président de la TAC, Zackie Achmat, a déclaré à l'AFP: "Si vous prenez le nombre de morts par méningite, par pneumonie, par tuberculose, il n'y a aucun doute que la plupart des morts sont liées au VIH, car le sida provoque l'effondrement du système immunitaire".

Tony Kasper de Médecins sans Frontières (MSF) a indiqué à l'AFP que des statistiques qui doivent être publiées prochainement par le Conseil médical sud-africain de la recherche (MRC) vont montrer que le sida "est non seulement la cause principale de décès en Afrique du Sud, mais qu'il pourrait dépasser toutes les autres causes de décès réunies".

Le principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA, droite) a également contesté les chiffres donnés par le président, en évoquant des chiffres provenant des compagnies d'assurance sud-africaines et datant de 1999. Selon ces chiffres, 23.000 personnes sont décédées de mort violente cette année-là contre 250.000 mortes à la suite de maladies liées au sida.

Une porte-parole de la DA sur les questions de santé, Sandy Kalyan, a déclaré à l'AFP que la lettre de Mbeki "n'est qu'un autre exemple de l'attitude bizarre du président sur toute la question de la pandémie VIH/sida". "Il a une attitude de négation complète du problème", a-t-elle estimé.

Pour Bantu Holomisa, dirigeant du Mouvement démocratique uni (UDM, opposition), la position prise par Thabo Mbeki "doit permettre d'émettre le verdict final sur son incompétence et son incapacité à défendre les meilleurs intérêts du pays".

Thabo Mbeki avait subi l'an dernier de vives critiques dans la communauté médicale mondiale, mais aussi au sein de son propre parti, le Congrès national africain (ANC), pour son soutien aux théories de dissidents scientifiques ultra-minoritaires qui contestent le lien entre le virus VIH et le sida.

Fin août la TAC a attaqué le gouvernement sud-africain en justice pour son inaction dans le domaine de la prévention de la transmission du virus VIH de la mère à l'enfant, alors que les compagnies pharmaceutiques sont désormais prêtes à fournir gratuitement à l'Afrique du Sud des traitements reconnus pour leur efficacité dans ce domaine.

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