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Médecine-sida: La thérapie génique pour leurrer le virus du sida et le faire mourir de faim
Philippe Coste
Agence France-Presse - décembre 21, 2000 pulse el botón aquí para la versión del idioma inglesa de Agence Francia-Presse las noticias

PARIS, 21 déc (AFP) - Une brêche dans la lutte contre le virus du sida pourrait avoir été ouverte par une équipe de chercheurs français qui - pour la première fois - est parvenue, par thérapie génique, à bluffer le virus du sida pour l'empêcher de pénétrer à l'intérieur des cellules qui constituent sa cible privilégiée.

Pour le moment, ces travaux - publiés vendredi dans la revue américaine AIDS - ont seulement porté sur des souris. Mais les chercheurs comptent passer aux singes puis, très vite, aux essais sur l'homme. Et ils n'excluent pas, à terme, de pouvoir ainsi prendre la relève des multithérapies.

Les souris sur lesquelles les scientifiques ont travaillé avaient été modifiées génétiquement pour naître dépourvues de défenses immunitaires et ainsi pouvoir recevoir des cellules humaines sans les rejeter.

Deux gènes produisant des protéines empêchant le virus de se fixer sur les cellules ont ensuite été injectés dans leur organisme, puis, une semaine plus tard, le virus du sida.

"Quand le virus du sida rencontre une cellule humaine, il est attiré par des récepteurs précis, les CD4, sur lesquels il se fixe pour pénétrer à l'intérieur de celle-ci", a expliqué jeudi à l'AFP le Dr Kamel Sanhadji, responsable du laboratoire sur les déficits immunitaires de l'hôpital Edouard-Herriot de Lyon, qui a mené les travaux.

"Nous avons voulu imiter ce processus en fournissant ces récepteurs au virus, mais sous une forme soluble", a précisé le chercheur.

Ainsi trompé, le virus se précipite sur les CD4 qui se promènent librement dans l'organisme, s'y fixe, et finit par mourir faute de pouvoir prendre le contrôle de la cellule.

"En trois semaines, la quantité de virus présente dans le sang devient indétectable, même avec les moyens les plus sophistiqués comme l'amplification génique", a souligné le Dr Sanhadji.

Eviter les rejets

L'évaluation de cette "charge virale" a été réalisée dans le service de virologie du Pr Christine Rouzioux, à l'hôpital Necker de Paris.

Il n'est toutefois pas exclu que le virus puisse se cacher ailleurs, dans le cerveau, la moëlle épinière ou les ganglions, comme il le fait normalement chez l'homme.

Mais comme les souris - même génétiquement modifiées - ne s'infectent pas, même un examen post-mortem de ces organes ne permet pas de vérifier cette hypothèse et les chercheurs vont maintenant devoir procéder à des essais sur des animaux plus proches de l'homme, chimpanzés ou macaques.

Selon le Dr Sanhadji, dans les "deux, trois ans à venir", des essais pourraient débuter chez des malades, notamment ceux qui se montrent résistants aux tri-thérapies et dont la proportion - actuellement de 10 à 20 % - augmente régulièrement.

Mais avant de passer aux essais sur l'homme, il faut encore que les virologues trouvent un "cheval de Troie", un vecteur, capable de transporter les gènes à l'intérieur de l'organisme sans risques pour le patient.

Pour tenter de corriger une maladie liée au défaut d'un gène ou à sa panne totale, deux types de vecteurs ont déjà été utilisés par les chercheurs : des dérivés des rétrovirus de cancer de souris et des adénoviraux comme le virus du rhume. Mais ces deux familles manquent d'efficacité et les chercheurs comptent beaucoup sur les services de "vectorologie" qui ont récemment vu le jour, notamment à l'Institut Pasteur de Paris et à Lyon.

"Dans deux à trois ans, nous devrions pouvoir disposer d'adénovirus de deuxième génération, dépourvus des parties qui, actuellement, provoquent une réaction du système immunitaire de l'homme et entraînent leur rejet", estime le Sanhadji.

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