MOMBASA (Kenya), 19 déc (AFP) - Des responsables de la lutte contre le sida au Kenya ont décidé de se servir des minibus, moyen de locomotion le plus populaire, pour combattre l'épidémie du sida.
Au Kenya comme ailleurs en Afrique, les minibus sont les transports en commun les plus usités, particulièrement dans les villes.
Au Kenya, les "matatu", ou "threes" - le trajet coûtait à une époque trois (three en anglais) shillings - ces véhicules sont bien plus qu'un moyen de déplacement. Avec leur musique assourdissante, leurs couleurs bariolées, leurs noms aux sonorités locales, leurs chauffeurs à la conduite folle et intrépide et leurs contrôleurs casse-cou, ils sont au centre de la culture populaire urbaine.
En témoignent les décorations peintes sur leur carrosserie : ici l'on découvre les goûts de Céline Dion, de Bob Marley, Michael Jordan, Taribo West, Tiger Woods, ou encore de Venus Williams. Là ce sont des publicités pour des marques de sport comme Adidas, Nike, ou encore Caterpillar.
Les "matatus" sont ainsi devenus un excellent support commercial, un phénomène qui semblait jusque là avoir échappé à l'attention des publicitaires.
Aujourd'hui, deux organisations américaines, le Centre international pour la santé reproductive (ICRH), et Santé familiale internationale (FHI), ont reconnu que le matatu pouvait jouer un rôle inestimable dans la lutte contre le sida, qui tue chaque jour quelque 500 personnes au Kenya.
"Au lieu de parler des personnalités comme les stars du football, les musiciens, les athlètes, les messages écrits sur la carrosserie des matatus devraient à présent informer sur les dangers du virus VIH", a déclaré à l'AFP lundi un directeur de projet du ICRH, Mark Hawken.
Selon les statistiques du gouvernement et de l'ONUSIDA, un jeune Kényan âgé de moins de 21 ans sur huit est séropositif, ce qui pousse les autorités à travailler avec plusieurs dépositaires et donateurs de façon à renverser la tendance, dans un pays où le domaine de la santé a peu de moyens.
Les initiateurs du projet espèrent que les propriétaires et opérateurs des "matatus" seront d'accord pour que leurs véhicules soient bardés de slogans informant sur la maladie et promouvant une conduite (sexuelle) irréprochable, de façon à tenir la maladie à l'écart.
Actuellement, il n'est pas rare de trouver des autocollants tape-à-l'oeil à l'intérieur des matatus sur lesquels on peut lire des slogans décrivant les femmes comme des objets sexuels et méprisant l'utilisation des préservatifs ainsi que l'abstinence.
"Vous ne pouvez pas sucer un bonbon sans enlever le papier", "Les femmes sont comme les taxis, vous sautez dedans, vous l'abandonnez et vous sautez dans un autre", "Votre petite amie ne vous aime pas, elle aime votre argent", sont des exemples de ces slogans.
Les deux organismes de campagne voudraient voir un changement dans le ton de ces messages. Un auto-collant adéquat dirait par exemple : "Munissez-vous d'un parapluie quand il pleut", sous une photo d'une femme habillée d'un préservatif grandeur nature la protégeant des gouttes de pluie.
"Nous espérons que cela constituera des leçons de conduite pour les jeunes et que cela les informera sur les avantages de l'utilisation des préservatifs comme protection contre le virus VIH et contre les grossesses non désirées", a ajouté M. Hawken.
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