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Russie-sida: Les séropositifs d'Irkoutsk, abandonnés dans un monde hostile
Henry Meyer
Agence France-Presse - décembre 12, 2000 pulse el botón aquí para la versión del idioma inglesa de Agence Francia-Presse las noticias

IRKOUTSK (Russie), 12 déc (AFP) - Comme des milliers de jeunes Russes infectés par le virus HIV dans la ville d'Irkoutsk, Maxime, 21 ans, est en butte à l'incompréhension totale de son entourage, dont celle de ses parents qui l'ont rejeté.

"Les gens ne devraient pas avoir peur de nous. Nous avons peut-être contracté le virus HIV, mais nous sommes encore des êtres humains", lance Maxime, recroquevillé dans un lit de la seule clinique antisida d'Irkoutsk, une ville de Sibérie qui compte environ 3 millions d'habitants.

Elevé dans un orphelinat pendant le séjour en prison de ses parents, des gitans, Maxime a été entraîné dans le cercle vicieux de la drogue et de la pauvreté lorsqu'il a abandonné ses études.

Il y a quelques années, en partageant une seringue avec d'autres héroïnomanes, Maxime a contracté le virus fatal. Les parents de Maxime, horrifiés d'avoir à partager leur vie avec un séropositif, refusent depuis de lui ouvrir leur porte.

"Ils ne me laissent pas même entrer dans l'appartement. Il y a un an et demi, je suis allé les voir, mais ils ont refusé de m'ouvrir la porte, sous prétexte qu'ils ne me connaissaient pas. Je n'y suis pas retourné depuis", confie Maxime, l'air dépité.

Son frère aîné, un homme d'affaires qui l'a un temps aidé financièrement, a également coupé les ponts avec lui.

Lena, 20 ans, est la seule à ne pas avoir abandonné Maxime. Cette jeune femme aux cheveux roux et dont les lèvres sont soulignées de rouge caresse tendrement la tête du jeune homme, séropositif comme elle.

"Mon père et ma mère m'ont aussi rejetée. Ils ont peur", dit-elle.

"Mais j'ai toujours été amoureuse de la vie et je le suis restée. Tu ne peux pas faire comme ça une croix sur ta vie. Tu dois essayer de te remettre debout", confie Lena.

Une petite fille de 2 ans, que Lena a mise au monde avant d'être infectée par le virus, procure à la jeune femme la joie et la force qu'il faut pour traverser les jours. "Elle représente l'avenir", lance Lena, les yeux brillants.

Pas très loin de Lena, Pavel, 19 ans, cache son visage dans ses mains tout en croisant ses jambes, marquant sa réticence à engager la conversation.

"J'ai été autrefois optimiste, mais je suis devenu réaliste avec le temps. Je ne pense pas à un avenir radieux, mais seulement à survivre", dit-il.

"J'avais autrefois de l'ambition, je sais dessiner, deux de mes cousins sont architectes. Je ne suis pas un intellectuel, mais je pourrais écrire un livre si je le voulais", confie Pavel, des larmes aux yeux.

Maxime intervient dans la discussion pour raconter l'histoire de l'un de ses amis, âgé de 19 ans, qui, incapable de faire face à la réalité du sida, a préféré se suicider par une surdose de drogue.

"Sa famille ne lui a offert aucun soutien. Il en avait assez de la vie à cause de cette terrible maladie. Le suicide était pour lui la seule issue", explique Maxime. Une histoire presque en tout point semblable à la sienne et à celle d'autres séropositifs de la clinique d'Irkoutsk.

Au 1er janvier 1999, 37 séropositifs avaient été recensés dans la région, contre plus de 7.500 cas vingt-trois mois plus tard, soit une augmentation record de 10.000%...

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