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Afrique-sida-Cameroun: Alucam, un exemple de prise en charge des séropositifs par l'entreprise
David Ndachi Tagne
Agence France-Presse - décembre 2, 2000

DOUALA (Cameroun), 2 déc (AFP) - Depuis trois ans, la société Aluminium du Cameroun (Alucam) prend en charge ses salariés malades du sida, pour qu'ils puissent faire face aux coûts exorbitants des traitements, mais aussi pour amortir l'impact de la maladie sur la productivité de l'entreprise.

Cette initiative, unique au Cameroun, a été citée en exemple vendredi par les fédérations patronales de 16 pays d'Afrique de l'ouest et du centre, réunies dans la capitale économique du pays, Douala, pour un atelier sur "l'action des employeurs face à l'impact du VIH/sida", organisé à l'initiative du Bureau international du Travail (BIT).

Les représentants de ces fédérations ont profité d'une visite à l'usine Alucam d'Edéa (60 km à l'est de Douala) pour lancer un appel aux chefs d'entreprise africains afin que ces derniers soutiennent financièrement leurs salariés séropositifs et qu'ils participent activement aux programmes de sensibilisation sur le sida.

Dans les locaux de l'usine Alucam, où sont employées quelque 8OO personnes, des affiches d'information sur le sida et ses méthodes de prévention sont placardées. A travers des bandes-dessinées ou des slogans, ces affiches invitent les travailleurs à l'abstinence, à la prudence et au bon usage des préservatifs.

"Nous dépensons environ 4 millions de francs CFA (40.000 FF) de préservatifs par an", a expliqué à l'AFP le directeur des Ressources humaines d'Alucam, M. Jean Booh, ajoutant que l'intérêt des travailleurs pour ce mode de protection avait d'abord été très faible.

"Il y avait toujours des propos comme quoi le sida est une maladie fictive, jusqu'au jour où des employés de la maison ont été déclarés séropositifs", se souvient Mathias Bidjeck, un infirmier de la "Cellule sida" d'Alucam.

Cette structure, créée en 1997 au sein du service médical de l'entreprise, est animée par un médecin et un infirmier. Elle s'appuie aussi sur une vingtaine d'ouvriers qui servent de relais dans l'usine.

Pour l'employeur, il s'agit avant tout de préserver sa main d'oeuvre et le rythme de production: "Il est évident que lorsqu'un travailleur multiplie les consultations chez le médecin, perd de ses capacités et doit payer de longues ordonnances, cela influe négativement sur ses performances", note le Dr Dina Nfon Priso, un spécialiste de la médecine du travail.

Ce constat a amené les responsables d'Alucam, où la prise en charge médicale s'effectue à 100%, à appliquer la même mesure pour ce qui est du sida.

"Evidemment, sur les 14 patients actuellement suivis, s'il fallait tout payer à raison de 300.000 à 400.000 francs CFA (de 3.000 à 4.000 FF) de traitement par mois et par personne pour une trithérapie, cela ferait beaucoup", souligne Jean Booh.

Pour contourner cette difficulté, l'entreprise a choisi de s'associer à des partenaires internationaux et de négocier auprès des laboratoires pharmaceutiques afin de réduire considérablement les coûts des médicaments.

Il est toutefois à noter que la gratuité des soins ne s'applique qu'aux employés et à leurs conjoints.

"En ces trois années d'expérience, constate Mathias Bidjeck, nous avons organisé 738 séances d'animation et accueilli près de 18.000 personnes dans notre cellule, ce qui montre l'intérêt des travailleurs."

"De plus en plus, les travailleurs pratiquent volontairement des tests de séropositivité, également pris en charge par l'entreprise", se réjouit l'infirmier.

Dans la zone industrielle de Douala, l'usine Chococam a suivi le même chemin qu'Alucam en ouvrant un club santé doté de 15 animateurs bénévoles qui s'entretiennent régulièrement avec les ouvriers sur le sida.

Mais la comparaison s'arrête là, car dans cette entreprise, seules les maladies professionnelles sont prises en charge à 100%.

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