ABUJA, 2 déc (AFP) - Le Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique, est de plus en plus touché par la pandémie du sida et le gouvernement d'Olusegun Obasanjo a fort à faire pour renverser la tendance héritée du régime militaire qui l'a précédé.
Pendant des années, avec un taux de séroprévalence bien plus faible que dans les pays d'Afrique australe et orientale, le Nigeria a presque ignoré l'épidémie dévastatrice du sida sur le continent.
Lorsque le pays était sous régime militaire, peu d'actions ont été entreprises pour arrêter la progression de la maladie et, aujourd'hui encore, la plupart des écoles refusent que les personnels menant des campagnes d'information sur le sida parlent de l'utilisation du préservatifs aux jeunes.
Mais la maladie touche désormais quelque 2,6 millions de Nigérians et le taux d'infection par le VIH est manifestement en hausse.
Le taux de séroprévalence varie considérablement d'une région à l'autre du Nigeria, allant de pratiquement zéro à 21 % dans certaines zones du pays, selon des sources officielles.
Le taux de séroprévalence de ce pays est passé de 1,8 % en 1991, à 3,8 % en 1993, puis 4,5 % en 1995 et enfin 5,4 % en 1999.
Ce taux ayant augmenté de plus de 5 %, il est probable qu'il se "généralise" et devienne un risque majeur pour l'ensemble de la population, ont indiqué des spécialistes du sida.
Plus de 60 % de la population nigériane a moins de 21 ans et les taux de pratiques sexuelles sont élevés.
Une personne dite "sexuellement active" a des relations sexuelles en moyenne quatre fois par semaine. L'utilisation des préservatifs progresse mais reste encore assez peu répandue.
Certaines organisations humanitaires se mobilisent, telle la britannique Society for Family Health, qui s'efforce d'informer sur le sida et encourage l'utilisation de préservatifs.
Lors d'une conférence tenue jeudi à Lagos, l'ancien président sud-africain Frederik de Klerk a recommandé à tous les chefs d'Etat africains d'utiliser les salles de classe pour informer les jeunes des dangers du sida.
"Nous devons combattre le sida dans nos salles de classes, nos églises et nos mosquées. Nous devons le combattre dans nos villages et les bidonvilles qui s'étendent autour de nos villes. Nous devons le combattre dans les rues et dans les champs", a-t-il lancé.
"Notre ennemi, hélas, ne peut être combattu par des médicaments, mais il peut être vaincu par la communication, la détermination et la passion", a-t-il ajouté.
"L'éducation n'est pas seulement la clé de la croissance économique et du développement. C'est la première nécessité dans la guerre contre le sida", a-t-il souligné.
Vendredi, Mohammed Farouk, un ancien soldat atteint du sida, qui a participé à des opérations de maintien de la paix, a expliqué qu'il était important que les Nigérians apportent leur soutien psychologique aux malades.
Aujourd'hui, alors que la moitié de ses 29 compagnons, testés positifs en 1999 au retour d'opérations à l'étranger, sont morts du sida, Farouk mène campagne contre la maladie.
"Nous vous demandons de nous donner le soutien nécessaire. Ensuite beaucoup d'entre-nous seront volontaires pour mener cette campagne", a-t-il ajouté.
"Nous avons besoin de votre assistance, nous avons besoin de votre soutien. Si vous me blâmez, je vais retourner me cacher... et je vais en contaminer d'autres...", a raconté Farouk.
Vendredi, à l'occasion d'une conférence organisée à Abuja pour la Journée mondiale contre le sida, le professeur Ibironke Akinsete, coordinateur national du Nigeria sur le sida a annoncé la mise en place d'un plan de lutte, s'étalant sur trois ans, contre la pandémie.
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