MOSCOU, 30 nov (AFP) - Elena, une toxicomane séropositive de 23 ans, est hospitalisée à Moscou mais elle veut partir à l'étranger pour être soignée car la Russie manque cruellement de moyens financiers pour fournir les médicaments nécessaires à un nombre grandissant de séropositifs.
Hospitalisée il y a deux semaines pour une septicémie dans l'unique centre de soins anti-sida de Moscou, cette jeune fille, comme beaucoup d'autres patients du centre, affirme n'être soignée que pour les maladies secondaires dues à sa séropositivité.
Le traitement d'un séropositif nécessite l'utilisation d'une combinaison de trois antiviraux (trithérapie) et coûte près de 800 dollars par mois. Selon la loi russe, tous les séropositifs doivent être soignés gratuitement.
"Le centre manque de médicaments, même les plus simples, et les médecins demandent aux patients de se les acheter eux-mêmes", assure Elena qui rêve de partir à l'étranger où elle a de la famille pour pouvoir "être soignée convenablement".
"Il y a quelques jours, les médecins m'ont demandé de quitter le centre, affirmant qu'ils n'avaient plus de médicaments pour me soigner", ajoute son ami, Alexeï, toxicomane de 26 ans, qui souffre d'une hépatite et d'un herpès.
Le financement des programmes de lutte contre le sida en Russie est nettement "insuffisant" alors que le virus "progresse plus vite qu'en Afrique", a affirmé lundi le directeur du centre russe de la lutte contre le sida, Vadim Pokrovski.
Cette année, l'Etat russe devrait débloquer au total 44 millions de roubles (1,6 million de dollars) pour financer le programme fédéral de lutte contre le sida. Mais l'essentiel de cette somme est dépensée pour des tests médicaux destinés à dépister les personnes contaminées.
"La somme qui reste permet de soigner seulement cinquante malades", assure M. Pokrovski.
"A Moscou, la situation est meilleure que dans d'autres régions russes", estime cependant une responsable du centre moscovite, Galina Pankova, reconnaissant que "le budget fédéral ne permet pas d'acheter les médicaments" pour tous ceux qui en ont besoin.
"Pour une maison qui n'a ni vitres, ni portes, on n'achète pas de meubles de luxe", résume froidement Alexeï Bobkov, chef d'un laboratoire d'études fondamentales sur le sida de Moscou.
"Je viens régulièrement dans le centre pour des examens, mais les médecins me disent à chaque fois que mon niveau d'immunité ne nécessite pas encore de traitement. Mais moi, je sens que je deviens chaque jour de plus en plus faible", assure Alexeï.
"On commencera à nous soigner lorsque nous serons au bord de la tombe", lance une autre patiente.
En Russie, où le premier cas de sida est apparu en 1987, quinze médicaments sont utilisés pour soigner les séropositifs. Un seul d'entre eux est produit en Russie, les recherches scientifiques ayant commencé trop tard et coûtant trop cher.
Quelques 40.000 nouveaux cas de contamination ont été enregistrés en Russie depuis le début de l'année, mais leur nombre réel "est dix fois plus élevé", estiment les spécialistes.
Selon le rapport mondial de l'ONUSIDA, le nombre de nouvelles infections en Russie en 2000 excède celui de toutes les années précédentes additionnées : plus de 300.000 personnes y seraient porteuses du virus VIH fin 2000, contre 130.000 un an auparavant.
Les chiffres officiels en Russie fin novembre ne font état que de 71.500 cas d'infection.
Vadim Pokrovski a affirmé mardi que la progression de l'épidémie en Russie devenait "catastrophique". Si aucune mesure urgente n'est prise, "la Russie va compter plus d'un million de séropositifs à la fin de l'année prochaine", a-t-il averti.
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