BERLIN, 28 nov (AFP) - L'épidémie de SIDA s'est étendue dans presque toutes les régions du monde en 2000 et est en train d'exploser en Europe de l'est, où la Russie est particulièrement touchée, selon le rapport mondial de l'ONUSIDA, présenté mardi à Berlin.
"Le VIH s'est infiltré dans tous les pays du globe" mais l'Afrique est beaucoup plus touchée que les autres continents, relève ce rapport, intitulé "Le Point sur l'épidémie de SIDA: décembre 2000".
L'Afrique abrite 70% des adultes et 80% des enfants vivant avec le virus VIH dans le monde et a enterré les trois quarts des 21,8 millions de personnes mortes du SIDA depuis le début de l'épidémie, à la fin des années 70, dont 2,4 millions en l'an 2000.
Cette année, pas moins de 3,8 millions de personnes ont contracté le virus VIH en Afrique subsaharienne, où l'on dénombre désormais quelque 25,3 millions de porteurs du virus et malades du SIDA.
Par ailleurs, "nous sommes au bord d'une explosion de l'épidémie en Europe de l'est", a déclaré devant la presse le directeur exécutif de l'ONUSIDA, le programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA, Peter Piot. En Europe de l'est, 700.000 personnes vivent aujourd'hui avec le virus VIH contre 420.000 "il y a un an à peine".
Le cas est "particulièrement dramatique" en Russie, où le nombre de nouvelles infections en 2000 excède celui de toutes les années précédentes additionnées: plus de 300.000 personnes y seraient porteuses du virus VIH fin 2000, contre 130.000 un an auparavant. Les chiffres officiels en Russie ne faisaient état au 1er novembre 2000 que de 69.120 cas d'infection.
Et "l'épidémie en Russie en est encore à ses débuts". La première épidémie de SIDA, constatée en 1996 chez les consommateurs de drogues dans le port de Kaliningrad, s'est répandue comme une trainée de poudre.
"A ce jour, 82 des 89 régions de la Fédération de Russie annoncent des cas de VIH", souligne le rapport.
Au total, 36,1 millions de personnes portent le virus VIH ou sont malades du SIDA dans le monde, contre 34,3 millions en 1999. Environ 5,3 millions de personnes ont ainsi été infectées durant l'année 2000. Femmes et hommes sont désormais autant touchés.
L'ONUSIDA a déploré que les efforts de prévention soient "en perte de vitesse dans les pays nantis". La thérapie antirétrovirale y a certes fait reculer le nombre de malades, mais "il y a quand même chaque jour de nouvelles infections", a relevé Peter Piot. L'ONUSIDA évoque "un laisser-aller croissant" chez les homosexuels.
"L'épidémie est beaucoup plus importante que ce que l'on avait anticipé il y a une décennie encore", selon le rapport. Le chiffre actuel de 36,1 millions de personnes infectées "dépasse de 50% les projections faites en 1991 par le Programme mondial OMS de lutte contre le SIDA".
Outre l'Afrique, l'Amérique latine, les Caraïbes et l'Asie du sud et du sud-est sont très touchés. Seuls l'Asie de l'est et le Pacifique parviennent encore à "tenir en échec" la maladie.
L'épidémie s'étend "surtout chez les 15-24 ans", et a fortiori chez les jeunes Africains, selon la directrice exécutive de l'UNICEF, Carol Bellamy. Dans cette tranche d'âge, une nouvelle infection survient toutes les six minutes dans le monde.
"30% des adolescents âgés aujourd'hui de 15 ans dans huit pays d'Afrique subsaharienne devraient être victimes de l'épidémie du SIDA" dans les années à venir, selon l'UNICEF.
Environ 1,5 milliard de dollars seraient nécessaires chaque année en Afrique pour "un programme de prévention efficace", et autant pour assurer la prise en charge des personnes déjà infectées, estime l'ONUSIDA.
En Afrique du Sud, "l'épidémie pourrait amputer le produit intérieur brut (PIB) de 17% d'ici à 2010 et effacer 22 milliards de dollars de l'économie nationale", juge le rapport.
Pour le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, "il n'est pas de question plus importante à considérer que celle du SIDA".
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