GABORONE, 15 oct (AFP) - Entre un quart et un tiers des adultes du Botswana sont infectés par le virus HIV, à l'origine du SIDA, selon les statitistiques officielles, promettant un lourd tribut à la maldie de la population et de l'économie du pays, l'un des plus touchés au monde.
Villes et villages botswanais sont tapissés d'affiches de prévention "Soyez avisés, préservatif-sez !". Le président Festus Mogae évoque la pandémie dans chacun de ses discours, le gouvernement en parle à chaque rencontre avec les Khotla (tribus). Mais rien ne semble y faire.
"Le chiffre est de 29% d'infectés pour la tranche sexuellement active 15-49 ans", selon Christine Stegling, assistante de l'unité SIDA-MST du gouvernement. "En juin 1998, nos estimations étaient de 260.000 séropositifs. Pour l'an prochain, nous prédisons 332.000" (pour 1,5 millions d'habitants), déclare--t-elle à l'AFP.
Le chiffre global pour la population est de 17% de porteurs du virus.
Critiqué sur son action contre le SIDA, lors de la campagne pour les élections générales de samedi, le gouvernement se défend, cite ses campagnes d'éveil, et rappelle qu'il vient de débloquer 30 millions de pula (6 millions de dollars) pour un réseau de soins à domicile.
Car les hôpitaux sont sous pression: dans les deux plus grands du pays, Princess Marina à Gaborone et Nyangabwe à Francistown (est), 70% des lits sont occupés par des malades du SIDA.
"Il y a des jeunes qui ne font rien d'autre les samedis qu'aller à des obsèques. Certains vont dans une même journée à deux obsèques d'amis tués par le SIDA", raconte Botsalo Ntuane, secrétaire executif du Parti démocratique du Botswana (BDP, au pouvoir et favori des élections).
"Il y a trois ans, personne ne connaissait personne mort du SIDA. Maintenant les gens meurent, la réalisation de la maladie est là. Mais il faut changer les comportements", explique Ntuane, pour qui "le gouvernement a fait tout ce qu'il pouvait en terme de sensibilisation".
La sensibilisation au SIDA a été l'une des principales activités de Mpule Kwelagobe, Miss Univers depuis mai. La jeune Botswanaise a tenté de prêcher un "message d'espoir" à travers son pays et à l'étranger.
Elle estime pourtant que "nombre de pays sont toujours en phase de déni de la maladie. Les statistiques du Botswana ne sont pas les pires, mais le pays a été plus ouvert que d'autres" sur le SIDA, explique-t-elle à l'AFP.
Pour Christine Stegling, le message est disponible partout dans le pays. Même dans les villages les plus reculés, où les anciens appellent le SIDA "maladie radio" car les messages d'éveils sont martelés dans le transistor, les gens savent ce qu'il se passe, assure-t-elle.
Aucun changement de comportement sexuel n'est pourtant perceptible et pour Stegling, "il y a un vrai problème de comportement, car on n'a pourtant pas affaire à une population sans éducation".
Mais certains restent critiques des campagnes gouvernementales, comme le président du géant minier local, Debswana, Louis Nchindo, qui regrette qu'on ait "simplement pris un message européen sur le SIDA pour le plaquer ici, sans le tailler sur mesure pour prendre en compte les différences culturelles".
Face à cette absence de résultats, les économistes font leurs comptes. Et prédisent un lourd impact pour la santé économique du Botswana, pourtant nourrie de la richesse du diamant, dont un tiers de la production mondiale en 1998 est botswanais.
Pour Keith Jefferis, de l'Institut d'analyse des politiques de développement du Botswana (BIDPA), le SIDA réduira la croissance économique d'un point par an à terme dans les 25 années à venir. "Et la croissance de la population, actuellement de 2% par an, subira la même baisse de 1%".
Selon une récente étude du ministère de la Santé, le Botswana comptera 65.000 orphelins du SIDA en l'an 2000.
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