GABORONE, 14 oct (AFP) - Le Botswana vote samedi pour ses élections générales, un scrutin qui devrait voir une confortable victoire du parti du président Festus Mogae, le Parti démocratique du Botswana (BDP), au pouvoir depuis l'indépendance du pays en 1966.
Une forte apathie électorale ainsi qu'une opposition divisée devraient contribuer au succès du BDP (droite), estiment observateurs et analystes de ce pays semi-désertique d'Afrique australe aux 1,5 millions d'habitants.
Selon le plus récent sondage, en mars, de l'Université du Botswana, le BDP devrait même accroître sa majorité de 31 sièges sur 44 au Parlement lors des élections, les huitièmes depuis l'indépendance de ce pays souvent cité comme un modèle africain de stabilité et de démocratie.
Festus Mogae, un diplômé d'Oxford, ancien gouverneur de la Banque centrale et ministre des Finances, âgé de 60 ans, clôturera une campagne discrète vendredi soir par un meeting sur le Freedom Square de la capitale Gaborone.
L'incertitude majeure du scrutin porte sur l'identité du premier parti d'opposition, depuis la scission en 1998 du Front National du Botswana (BNF) et la formation du Parti du Congrès du Botswana (BCP, centriste), qui a emmené avec lui 11 des 13 députés du BNF.
Mais des querelles internes au sein du BCP ont affaibli son impact, si bien que des analystes prédisent une renaissance du BNF et un retour sur le devant de la scène de Kenneth Koma, 76 ans, vétéran de l'opposition (centre-gauche).
Pour Titus Mbuya, directeur de l'hebdomadaire (indépendant) The Reporter, ces divisions "ont contribué au désenchantement des électeurs, et nombre de gens qui auraient voté pour l'opposition ne se sont même pas inscrits".
Sept partis au total se disputent les voix de 459.665 électeurs inscrits, maigre 51% d'un corps électoral potentiel de plus de 900.000 personnes, selon la Commission électorale indépendante (IEC).
L'IEC supervisera les 1.700 bureaux de vote disséminés sur un vaste territoire de 581.730 Km2, des marais du Delta de l'Okavango (nord) aux dunes du désert du Kalahari (sud).
Derrière la façade de prospérité d'un pays aux énormes ressources minières (diamant) et réserves de change de 6 milliards de dollars, des analystes contestent l'image du "modèle" botswanais, rappelant qu'entre 40 et 50% d'habitants y vivent en-dessous du seuil de pauvreté.
"Le Banque mondiale classe le pays 'à revenu moyen'. Personne ne comprend qu'au Botswana, l'Etat est riche mais les gens sont pauvres", lance Gloria Somolekae, professeur de sciences politiques à l'Université du Botswana. "Chômage, pauvreté et inégalités, redistribution de la richesse, voilà les enjeux-clefs de l'élection".
Le BDP conteste les chiffres de pauvreté, insistant sur la distinction entre "pauvreté relative et pauvreté absolue". Et soulignant que le sort des Botswanais est bien plus enviable que nombre de leurs voisins africains.
"Le BDP a tenu ses engagements. Les gens ont accès à des soins médicaux améliorés. Dans le village plus reculé, vous trouvez une ligne téléphonique, ce qui est n'est pas le cas dans d'autres pays", relève le secrétaire exécutif du parti, Botsalo Ntuane.
"En Angola, quand un enfant nait dans le caniveau, il y reste et y meurt", assène-t-il.
La mort est pourtant présente au Botswana aussi, avec l'impressionnante proportion d'un adulte sur quatre porteur du virus HIV. Le gouvernement a été blâmé pour sa lenteur à réagir, et clame qu'il "a fait son possible, mais que les comportements ont du mal à changer".
Le BDP a aussi été critiqué sur le financement de sa campagne, agrémentée en juillet d'un don anonyme de 2,4 millions de pula (550.000 dollars). Le géant minier De Beers a été suspecté par la presse d'être derrière cette manne, mais a démenti. Le BDP est resté muet.
"Sans doute des investisseurs étrangers apprécient la façon dont le gouvernement gère le pays", commente Ntuane.
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