LUSAKA, 16 sept (AFP) - De nombreux Africains malades du SIDA, dépourvus de moyens suffisants pour s'offrir les thérapies modernes, font confiance aux guérisseurs traditionnels dans l'espoir d'être soignés ou de voir leurs souffrances soulagées.
Bien que près de 80% des Africains consultent ces guérisseurs, la médecine traditionnelle est toujours traitée avec scepticisme par les médecins à l'occidentale, a-t-on déploré à Lusaka lors de la 11ème conférence internationale contre le SIDA en Afrique.
Le Dr Erick Gbodossou, président de la Promotion (africaine) de la médecine traditionnelle (PROMETRA), se plaint que les guérisseurs soient traités de charlatans. Les imposteurs existent dans toutes les professions, même dans la médecine à l'occidentale, souligne-t-il.
Les guérisseurs traditionnels exigent désormais que leur médecine soit intégrée à la lutte contre la pandémie du SIDA.
"Nous avons décidé qu'il était important d'impliquer la médecine traditionnelle dans le traitement des infections liées au virus VIH, et qu'il serait plus judicieux de collaborer avec la médecine moderne", a dit Le Dr Gbodossou lors de la conférence qui se termine jeudi.
La médecine traditionnelle a démontré, dans certains cas, qu'elle était supérieure à certains médicaments classiques pour traiter le SIDA-VIH ou des symptomes associés, ont assuré les défenseurs des guérisseurs.
On ne dispose toutefois pas de statistiques sur l'efficacité de ces pratiques exercées dans les villages.
Selon leurs partisans, les guérisseurs ont prouvé qu'ils étaient de meilleurs conseillers des malades du SIDA et ils ont aussi contribué à empêcher de mettre les malades au ban de la société.
Le Dr Donna Kabatesi (Ouganda) a donné comme exemple un traitement avec des herbes traditionnelles qui est plus efficace que les médicaments modernes contre l'herpes et la diarrhée qui sont associés au SIDA.
"C'est l'art le plus ancien de soigner sur ce continent et il est intégré à la conception du monde socio-culturelle et religieuse de beaucoup de nos gens", a expliqué le Dr Roland Msiska, formé à la médecine moderne.
Pour le Dr Gbodossou, médecin formé à l'occidentale mais qui pratique aussi à Dakar la médecine traditionnelle, les médecins modernes sont arrogants et "ont un complexe de supériorité alors qu'en réalité ils sont comme des écoliers pour ce qui concerne la médecine traditionnelle".
Le Dr Msiska, haut responsable de l'ONU spécialiste du SIDA, a déclaré à l'AFP qu'en dépit du rôle important de la médecine traditionnelle, la recherche actuelle était fondée sur le fait que "la médecine moderne est supérieure à la médecine traditionnelle".
Selon des délégués à la conférence, il y a eu très peu de dialogue entre les deux médecines. Quand il y en a eu, le dialogue a été sur la base de la supériorité de la médecine moderne.
Cette dernière est considérée comme rationnelle et objective alors que la traditionnelle est qualifiée de ramassis de superstitions et de croyances dépassées, ont regretté les délégués.
Pour le Dr Gbodossou, il est inacceptable que de nombreux gouvernements africains ne consacrent pas une part de leur budget de santé à la médecine traditionnelle. L'Afrique du Sud est pratiquement le seul Etat africain à disposer au sein de son ministère de la Santé d'un département consacré à la médecine traditionnelle.
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