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SIDA-Afrique: Le sort des "orphelins du SIDA" entre les mains de leurs grands-parents
Philippe COSTE
Agence France-Presse - sept 15, 1999

LUSAKA (Zambie), 15 sept (AFP) - A Kamwala, dans la banlieue de Lusaka, la nouvelle école communautaire n'a encore pas de toit. Mais elle est déjà largement occupée, pour moitié, par des "orphelins du SIDA".

Les six classes de parpaings en attente de portes, de fenêtres et de matériel de classe, bruissent depuis dix-huit mois des murmures de plus de 250 élèves. La moitié ont perdu leurs parents, emportés par le SIDA, les autres sont nés dans des familles qui ne peuvent ni s'offrir l'uniforme obligatoire, ni verser les 100.000 kwachas (40 dollars, 240 francs) de frais de scolarité annuelle, ni même payer le car.

"Sans cette école, ces enfants ne recevraient tout simplement aucune éducation", explique Masiliso, un volontaire de l'association de bénévoles "Fountain of Hope" qui a ouvert cette école et se démène maintenant pour en améliorer l'équipement.

Selon toute probabilité, ils viendraient alors grossir la masse des gosses, qui ont établis leurs quartiers sur les terre-pleins centraux des avenues de Lusaka, mangeant mal, dormant peu et se lavant rarement.

Depuis un peu plus d'un an qu'elle fonctionne, l'école n'a toujours pas reçu de matériel. Chaque classe de 50 élèves compte seulement huit à dix vieux pupitres doubles autour desquels ils tentent de prendre place. Pour les autres, il reste le sol poussièreux et couvert de gravats, le cartable misérable ou le mur sur lequel ils appuient leur maigre cahier couvert avec du papier-journal.

"Le toit, dit Peter de Vries, nous espérons l'avoir cette année, avant la saison des pluies". Mais la saison des pluies, c'est dans six semaines...

L'école démarre à 8h et fini à 11h. L'après-midi, les enfants jouent au foot sur le terain vague jouxtant l'école ou font de la musique ou du chant avec un volontaire de l'association Fountain of Hope qui a créé l'école.

En quatre ans, les enfants devraient accomplir le cursus que ceux qui fréquentent les écoles publiques ou privées font en sept. Après ? S'ils le peuvent, ils iront dans le secondaire ou en apprentissage.

La solidarité s'émousse

Comme Mulenga, Khuzini, Grâce, et tellement d'autres, Marina, 11 ans, a perdu ses deux parents. "Son mère est morte du SIDA il y a dix ans, son père deux mois plus tard", explique Masiliso.

Marina ne sait pas ce que ses parents ont été tués par le SIDA. Depuis leur mort, elle vit avec sa tante. "Plus tard, j'aimerais bien être couturière", dit-elle en tiraillant son pull-over troué.

Pour aller chez elle, à partir de l'école, il faut couper à travers un immense terrain vague jonché de papiers d'emballage et planté de lignes à haute tension, traverser une voie ferrée, puis un lotissement de maisons à toit de zinc, puis encore, le quartier des charbonniers.

En plus de Marina, Mme Mabena, 57 ans, héberge ses trois frères. Démunie de tout, sans revenus réguliers, elle vit des coups de mains que lui donnent ses voisins - à peu près aussi pauvres qu'elle - et collecte les bouteilles de verre vides pour en récupérer la consigne.

"Il n'est pas rare de voir des grand'mères subvenir aux besoins de douze, voire quatorze enfants", explique Peter de Vries, responsable de l'éducation pour le bureau de l'UNICEF en Zambie.

Mais la pauvreté émousse cette solidarité : les cas d'enfants, dans un premier temps recueillis par un parent, puis invités par la suite à prendre le car pour Lusaka et à se débrouiller tout seuls sont de plus en plus fréquents.

Et quand il n'y a pas assez pour nourrir tout le monde, il n'est pas rare non plus qu'à part pour les coups, les orphelins passent après les autres enfants de la maisonnée. Pour les vêtements, les souliers, mais aussi pour la nourriture...

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