ABIDJAN, 8 sept (AFP) - La politique d'accès aux bithérapies, sensées repousser le passage de l'état de porteur sain à celui de malade, qui a été mise en oeuvre en Côte d'Ivoire, pays le plus touché d'Afrique de l'Ouest, suscite plus de déception que d'espoir.
Réclamé par nombre de séropositifs, le programmme d'accès aux traitements à moindre coût, mis en place en début d'année, n'a bénéficié pour le moment qu'à 500 personnes, sur environ un million de séropositifs que compte le pays, et a obtenu au plan médical des résultats mitigés.
Lancée par l'ONUSIDA, cette initiative est soutenue par le gouvernement ivoirien, qui a dégagé un fonds pour 1999 de quelque 600 millions de F CFA (6 millions de FF) et la France, qui à travers le Fonds de solidarité thérapeutique international (FSTI) a accordé 250 millions de F CFA.
L'ONUSIDA a négocié avec les laboratoires internationaux des réductions sur le prix des médicaments, faisant ainsi passer la bithérapie de 250.000 F CFA (2.500 FF, 381,12 Euros) par mois et par patient à 100.000 F CFA.
En fonction de critères médicaux et sociaux, les bénéficiaires perçoivent également une subvention financée par les fonds ivoirien et français, permettant de proposer des traitements coûtant entre 5.000 et 50.000 F CFA.
Après huit mois, "les résultats sont très mauvais", avoue un médecin ivoirien spécialiste du SIDA, qui se refuse à donner des chiffres précis.
Selon lui, une grande partie des bénéficiaires ne suivent pas leur traitement correctement. "Ils n'ont pas de quoi manger, prendre un taxi pour venir chercher leurs médicaments, ils ne suivent pas le traitement régulièrement", précise-t-il.
"Au début on a voulu faire profiter au moins 4.000 personnes et on a donc choisi les bithérapies, moins coûteuses, alors qu'on savait très bien que ça ne marche pas", dit-il.
Le responsable du programme, le docteur Makan Coulibaly, reconnaît que les bithérapies n'ont pas donné de résultats satisfaisants: "Ca marche au début puis on observe une remontée de la charge virale au bout de quatre à cinq mois", explique-t-il.
"Nous allons passer à des trithérapies, le principe est acquis", annonce-t-il.
Ces traitements, même subventionnés, ne coûteront pas moins de 80.000 F CFA par mois, au lieu de 300.000 F CFA sans subventions, dans un pays où le salaire minimum est inférieur à 40.000 F CFA.
"Il ne faut pas se leurrer. Ce sera encore une sélection économique. Mais il vaut mieux bien traiter ceux qui peuvent l'être, ceux qui ont les moyens financiers", indique, fataliste, un médecin du centre hospitalier universitaire de Treichville à Abidjan.
L'initiative de l'ONUSIDA a cependant suscité de nombreux espoirs, notamment au sein des associations de personnes vivants avec le VIH, qui attendaient depuis longtemps une aide pour accéder à des traitements réservés jusque-là aux malades des pays développés.
Ces militants de la lutte contre le SIDA bénéficient d'un accès privilégié à l'initiative de l'ONU. Appartenant souvent à des milieux défavorisés, ils n'en restent pas moins tributaires des subventions nationales et internationales.
"Pour le moment, il y a encore des fonds. Mais si pour une raison ou une autre, les subventions cessent, la grande majorité des gens ne pourront plus financer leur traitement. Cela revient à les précipiter dans la tombe", commente un autre médecin, qui a requis l'anonymat.
"On a fait beaucoup de bruit autour de cette initiative ONUSIDA, mais ce n'est pas eux qui donnent les subventions et au final, le programme restera accessible à très peu de gens", poursuit-il.
Officiellement, le taux de prévalence du SIDA en Côte d'Ivoire est de 10%, mais selon des sources médicales indépendantes, il est de près de 18% dans les grandes villes, et de 7 et 8% en milieu rural, soit une moyenne supérieure à 12%.
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