LIBREVILLE, 8 sept (AFP) - L'inquiétante progression au Gabon du nombre d'infections par le SIDA, encore considéré par neuf personnes sur dix comme un "envoûtement", révèle les limites de la prévention face à l'insouciance des comportements, déplorent les acteurs de la lutte contre ce fléau.
"La situation est catastrophique", reconnaît le directeur du Programme national de lutte contre le SIDA (PNLS), le Dr Gabriel Malonga-Mouelet: "à chaque consultation que nous organisons, nous découvrons au moins dix nouveaux cas".
Une étude de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) révèle que plus de 30.000 personnes seront atteintes par la maladie d'ici la fin de l'année, sur une population de près d'un million d'habitants, contre environ 24.000 en 1998.
Pour bon nombre de spécialistes, l'obstacle majeur à la prévention et au traitement du SIDA reste la perception "magico-religieuse" du virus. "Neuf personnes sur dix considèrent que la maladie est liée à un envoûtement, un sort", constate la responsable de l'association SIDA-Zéro, Angèle Ondo.
"Cette conception explique que beaucoup de nos malades refusent de suivre leur traitement et se mettent à consulter un nganga, sorcier-guérisseur", déplore Mme Ondo. "Nous devons en tenir compte car on oublie trop souvent qu'en Afrique, la mort ne résulte jamais de causes naturelles".
"Malgré les ravages du SIDA, il n'y a pas encore de prise de conscience au sein de la population", constate le président de l'association Solidarité des jeunes chrétiens pour la lutte contre le SIDA (SOJECS), Georges Mpaga, qui s'inquiète de la persistance de "comportements à hauts risques" chez les jeunes.
"Quatre adolescentes sur neuf avouent ne pas avoir l'idée d'exiger le préservatif de leur partenaire et deux jeunes filles sur trois n'osent pas demander à leur petit ami de l'utiliser de peur d'être accusées de manquer de confiance", révélait un récent article de la presse locale.
L'utilisation du préservatif, principal cheval de bataille des associations, reste problématique. "Pour les hommes, le préservatif est un sac plastique qui enlève la virilité et qui rend impuissant", affirme un médecin. "Je rencontre beaucoup d'hommes qui refusent catégoriquement d'en mettre, alors que leurs propres femmes ou eux-mêmes sont contaminés", ajoute-t-il.
"Un monsieur d'âge mûr m'a même expliqué qu'il fallait bien mourir de quelque chose", se souvient la présidente de SIDA-Zéro.
"Maintenant, nous essayons de présenter le préservatif comme un instrument de liberté, car le discours sur l'abstinence sexuelle et la fidélité est en décalage total avec un pays où la polygamie existe depuis des générations", explique-t-elle.
"Les campagnes d'information doivent absolument s'adapter à la culture gabonaise", soutient Mme Ondo. "La diffusion des messages en langues locales, par exemple, représente une avancée significative, mais il reste des difficultés à surmonter: contrairement à toutes les autres maladies, tels le paludisme, la poliomyélite ou la lèpre, le SIDA ne possède pas de mot spécifique pour le désigner".
"Depuis l'éclatement des structures familiales dans notre société, les questions portant sur la sexualité ne sont plus abordées en famille comme c'était le cas auparavant", regrette M. Mpaga.
Malgré la multiplication des témoignages télévisés, dont le premier remonte à 1996 avec un couple atteint venu parler de la maladie, beaucoup d'Africains ne "croient toujours pas à l'existence du SIDA", admettent les acteurs de la prévention.
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