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Afrique-SIDA: L'Afrique, cible privilégiée du virus du SIDA
Par Philippe COSTE
Agence France-Presse - sept 8, 1999

LUSAKA, 8 sept (AFP) - La XIème conférence internationale sur le SIDA en Afrique s'ouvrira le 12 septembre à Lusaka, la capitale zambienne, alors que, pour la première fois depuis bien longtemps, un médicament préventif efficace, agissant rapidement et bon marché vient de faire ses preuves.

De récentes études montrent que prise pendant trois jours, la nevirapine permet de réduire de moitié le risque de transmission du virus de la mère à son enfant, et ce pour quatre dollars en tout, pour la mère et son bébé, dix fois moins que pour les traitements les moins chers.

Les contaminations à la naissance ou dans les jours qui suivent représentent entre 25 et 35 % des contaminations en Afrique sub-saharienne. Certes, plusieurs médicaments ont déjà fait la preuve de leur efficacité dans ces circonstances, mais aucun n'est couramment utilisé dans ces pays car leur coût dépasse largement les possibilités des habitants ou des services sanitaires.

Le recours à ce médicament n'aura cependant aucun impact sur le sort des millions d'Africains déjà porteurs du virus ou atteints par la maladie.

En Afrique, épicentre de l'épidémie, le SIDA est devenu cette année le premier tueur, devant le traditionnel paludisme, et dans le sud et l'est du continent, selon l'UNICEF, il a pris plus de vies cette année que la guerre.

"Le SIDA est parmi nous depuis tout juste vingt ans et il tue déjà plus de personnes que n'importe quelle autre maladie infectieuse", a récemment souligné le Dr Peter Piot, directeur exécutif de l'ONU-SIDA lors de la présentation du rapport annuel de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sur la santé dans le monde.

Si l'épidémie peut sembler jugulée dans les pays occidentaux grâce notamment aux coûteuses trithérapies, en Afrique, elle continue de flamber.

A l'heure actuelle, plus de 95 % des personnes infectées par le virus vivent dans les pays en développement, et plus de 70 % en Afrique.

Morgues pleines

Depuis le début de l'épidémie, selon ONU-SIDA, plus de 47 millions de personnes ont été infectées dans le monde par le virus du SIDA et plus de 14 millions d'enfants et d'adultes en sont déjà morts.

Rien que l'année dernière, le SIDA a tué 2,5 millions de personnes, plus que n'importe quelle année.

La plupart des pays les plus gravement touchés dans le monde sont situés en Afrique australe : Botswana, Namibie, Swaziland, Zimbabwe. Dans ces pays, où l'espérance de vie à la naissance s'est effondrée de près de 30 ans et ne tourne plus maintenant qu'autour de 40-45 ans, de 20 à 26 % des personnes de 15 à 49 ans sont porteuses du virus. Et le nombre des "orphelins du SIDA" a progressé de 200 à 400 % en trois ans.

Avant l'apparition du SIDA, les pays en développement avaient à faire face à 2 % d'orphelins (1 % dans les pays industrialisés). Mais l'apparition du SIDA a multiplié ces chiffres par six, sept, parfois plus comme en Ouganda où la proportion d'orphelins atteints 11 % de la population, ou en Zambie, 8,9 %.

Dans de nombreux villages des pays d'Afrique australe, il ne reste plus que quelques vieillards, la plupart dépourvus de revenus, pour s'occuper parfois d'une douzaine d'enfants abandonnés. Au Zimbabwe, les cimetières ne peuvent plus faire face à l'afflux de morts.

Actuellement, selon les données d'ONU-SIDA, près 600.000 enfants africains sont contaminés par le virus. Cette véritable décimation de la jeunesse et des tranches actives de la population compromet lourdement le développement et sape l'économie des pays touchés.

Au Malawi, plus de 30 % des enseignants sont touchés par le virus. En Zambie, un adulte sur cinq mourra du SIDA d'ici dix ans, soit deux millions de personnes. Au Zimbabwe, la maladie tue déjà 1.200 personnes par semaine et ce chiffre devrait doubler dans deux ans. Dans ce pays, les décès sont tellement fréquents que les familles appauvries ne réclament plus les corps de leurs proches, les morgues sont débordées et, pour gagner de la place, les autorités tentent, sans grand succès, de populariser la crémation.

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