HARARE, 8 sept (AFP) - Les cimetières sont pleins au Zimbabwe, pays le plus touché au monde par le SIDA --un adulte sur quatre est séropositif ou malade-- selon l'ONU, et où 1.200 personnes meurent chaque semaine des suites de la maladie.
Le SIDA provoque une crise sanitaire grave, le pays n'ayant pas les moyens financiers pour accueillir et soigner les malades qui affluent et occupent parfois les quatre cinquièmes des lits d'hôpitaux qui servent de mouroirs. Les médicaments (trithérapie) sont trop chers.
Le taux de mortalité en 1998 a été trois supérieur à ce qu'il aurait été sans le SIDA et il devrait être quatre fois plus élevé en 2010, selon des projections de la SAFAIDS, une ONG d'Afrique australe.
590.000 personnes sont mortes dans le pays depuis le début de la pandémie dans les années 80, selon l'ONUSIDA. 80.000 personnes devraient en mourir en 1999.
L'ONUSIDA a placé l'an dernier le Zimbabwe au premier rang mondial pour la maladie avec 1,5 million de personnes infectées par le virus VIH ou malades (25% de la population).
Le ministre zimbabwéen de la Santé Timothy Stamps a déclaré à l'AFP que les taux d'infection variaient de 4,2% dans une clinique de campagne à 34% à Mbare, banlieue pauvre de Harare.
Mais selon des statistiques compilées en juillet par l'ONU, le taux d'infection des femmes (avant accouchement) varie de 7 à 50,8%.
M. Stamps estime que ces chiffres sont contestables: ils sont fondés sur des statistiques de centres où l'on traite les maladies sexuellement transmissibles et des cliniques d'accueil avant l'accouchement.
Le Zimbabwe vient de lancer le mois dernier à grand renfort de publicité des centres de dépistage volontaires et de conseil. Ces publicités ne sont pas vraiment explicites, le mot SIDA étant placé en bas de page en petites lettres et même pas prononcé dans les spots télévisés. Le contraste est saisissant avec les campagnes réussies en Ouganda où l'on appelle un chat un chat.
Quelle que soit la réalité des chiffres, la pandémie est devenue la plus grave menace économique et sociale du Zimbabwe. En raison du manque de place dans les cimetières, une campagne a été lancée pour convaincre le public des bienfaits de la crémation. Mais ceci va à l'encontre des traditions africaines et coûte plus cher qu'un enterrement classique...
Les forces vives du pays et les classes d'âge les plus productives sont touchées. L'espérance de vie, qui avait atteint 61 ans en 1990, est tombée à 49 ans. Sans le SIDA, elle serait passée à 69,5 ans, selon le SAFAIDS.
Avec plus d'un quart des 5,5 millions d'adultes infectés par le VIH ou malades, le nombre d'orphelins du SIDA atteindra 900.000 en l'an 2000, selon le gouvernement et l'ONU.
Outre les drames humains, le pays, qui connaît sa plus grave crise économique depuis l'indépendance (1980), est affecté par le SIDA de multiples façons: budget de la santé épuisé, réduction des revenus, problèmes des assurances.
Rene Loewenson et Alan Whiteside, qui ont étudié les conséquences de la maladie en Afrique australe, estiment que les coût de la formation pour remplacer les travailleurs qualifiés morts du SIDA atteindra cinq millions de USD en 2000.
Les hôpitaux débordent et des centres privés prolifèrent pour accueillir les malades.
A la campagne, le SIDA a provoqué une réduction de la production de produits de base de 60% dans certains cas, selon une spécialiste, Kerry Kay.
Dans les 42 prisons du pays, 16.000 prisonniers n'ont aucune protection contre la maladie. Un responsable a expliqué récemment que la distribution de préservatifs équivaudrait à encourager l'homosexualité, interdite par la loi.
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