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Ouganda-SIDA: En Ouganda, parler du SIDA ralentit la progression de la pandémie
Vincent MAYANJA
Agence France-Presse - sept 8, 1999

KAMPALA, 8 sept (AFP) - Parler ouvertement du SIDA en Ouganda, où la pandémie a emporté un demi-million de vies, a permis de diminuer de moitié le taux d'infection au cours des six dernières années, estime le responsable de la Commission nationale de lutte contre la maladie.

Avant le lancement d'une gigantesque campagne de prévention en 1993, le SIDA était un sujet tabou, jamais discuté en public et caché par les familles lorsqu'il emportait un des leurs.

Désormais, c'est un problème que les hommes politiques n'hésitent pas à soulever. On en parle dans les écoles, au travail et à la maison.

Pour le professeur John Rwomushana, qui dirige la Commission ougandaise de lutte anti-SIDA (UAC), la campagne d'information a porté ses fruits: les taux de prévalence chez les populations les plus actives sexuellement dans les régions les plus touchées ont chuté de manière considérable.

"Cette tendance peut être attribuée aux campagnes d'information publiques, à la liberté de parole sur le sujet apparue au sein des familles et à l'effort collectif pour prévenir la propagation des infections", a expliqué le professeur Rwomushana à l'AFP.

"En moyenne, le taux de prévalence a été réduit d'environ 50%. Dans les régions les plus touchées, comme celle de Kampala, il a été réduit de 30 à 12% (de la population). Sur l'ensemble du pays, il est passé de 10 à 7%", a-t-il précisé.

Actuellement, quelque 90% des Ougandais "connaissent plutôt bien tous les moyens de transmission du virus", a indiqué M. Rwomushana.

La campagne d'information a organisé des séminaires et des ateliers à travers le pays, et des affiches diffusant des messages tels que "Si vous ne pouvez pas vous abstenir, utilisez un préservatif" ont été dressées le long des routes.

La population a été encouragée à faire le test de dépistage, gratuit, rapide et assisté.

Les responsables de la campagne d'information se sont heurtés aux réticences des autorités religieuses, notamment catholiques, dont l'Eglise condamne la publicité pour les préservatifs, arguant que cela incite à la débauche.

Les Ougandais utilisent environ 80 millions de préservatifs par an et le gouvernement prévoit d'en importer 10 millions pour répondre à la demande.

Mais en dépit de ces progrès, le SIDA demeure un des principaux problèmes de santé publique en Ouganda, où le nombre de personnes séropositives est estimé à 1,5 million -soit 7,5% de la population.

Le professeur Rwomushana reconnaît que beaucoup de travail reste à faire. "Nous envisageons d'élaborer un plan stratégique plus complet, avec une recherche plus intense un meilleur impact", a-t-il indiqué.

Le SIDA aurait fait un million d'orphelins de la maladie. Beaucoup d'entre eux ont été obligés, très jeunes, de devenir chefs de famille. Et dans certains villages, seuls les enfants et les vieillards sont encore en vie.

"Ils ne peuvent pas continuer à assumer les travaux agricoles, trop rudes pour eux. Des mauvaises herbes ont poussé dans des champs parce qu'il n'y a personne pour s'occuper des plantations", a expliqué à l'AFP Florence Kiwanuka, travailleuse sociale.

"L'impact de la maladie sur l'économie est potentiellement dévastateur", dans un pays où 90% de l'économie provient de l'agriculture locale, estime de son côté le professeur Rwomushana.

L'espoir se trouve du côté des laboratoires, où des découvertes majeures visant à diminuer de moitié le taux de transmission des femmes enceintes à leurs enfants ont été faites.

"Les implications de cette étude pour les pays en voie de développement, où l'épidémie de SIDA sévit à 95%, sont importantes", a estimé l'un des experts de ce projet, Brooks Jackson, de la faculté de médecine Johns Hopkins.

Le traitement étudié, qui utilise de l'AZT, devrait pouvoir protéger environ 300.000 nouveaux nés par an.

Des vaccins expérimentaux tels que le Canary pox Alvac, également testé au Brésil et en Thaîlande, ont, eux aussi, donné des résultats encourageants.

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